• Par: Martin McDonagh
  • Année: 2017
  • Durée: 115 min
  • Origine: UK, USA
  • 8.2
Le Grill a aimé

3 billboards : les panneaux de la vengeance

Bon baisers d’Ebbing, Missouri

 

3 billboards : les panneaux de la vengeance, ce qui se traduit donc par un navrant “trois panneaux : les panneaux de la vengeance”, est le troisième film du britannique Martin McDonagh, cinq ans après sept psychopathes et neuf après bon baiser de Bruges. On peut dire qu’il donne le temps au temps mais un premier essai renversant, une série B très correcte puis aujourd’hui un véritable chef-d’œuvre d’humour noir, valent bien un peu d’attente.

Qualifié non sans raison de “Tarantinesque” pour ses premières productions, on ne va pas argumenter tellement le titre lui va bien. Son écriture est de la même veine, partie puiser dans le cinéma bis de tout un siècle pour se transcender via des personnages aussi forts qu’atypiques et des situations à priori connues qui ne vont pourtant cesser de surprendre jusqu’au générique.

Golden Globes 2018 du meilleur film, meilleur scénario pour Martin McDonagh, meilleure actrice pour Frances McDorman et meilleur acteur dans un second rôle pour Sam Rockwell, c’est impressionnant qu’un film aussi humble, bien foutu, sans tabou et sans porter de message politique fasse un tel carton !

Pour ne pas spoiler le scénario et sa jouissive mise en place pendant la première demi-heure – ce que la bande annonce salope en moins de deux minutes – on se bornera à dire que l’on suit Frances McDorman (immense “gueule”, tête d’affiche de Fargo et Burn after reading, mariée à Joel Coen), sèche comme une potence en plein désert, qui loue trois panneaux publicitaires pour interpeller la police locale, incapable de retrouver l’assassin de sa fille. Cette femme pugnace et son désir de vengeance jusqu’au-boutiste vont provoquer une réaction en chaîne dans la petite ville du Missouri où se passe l’action, entre son shérif aimé de tous (Woody Harrelson, tour à tour solaire et crépusculaire dans une de ses plus belles performances), ses adjoints bas du front notamment Sam Rockwell (Moon, sept psychopathes) et la population de la petite ville d’Ebbing comptant Peter Dinklage car il faut savoir que le réalisateur, pour une raison qui m’échappe encore, met des nains partout. Car oui, un nain ça passe partout.

Secondaire mais pas dispensables, Peter Dinklage campe un des nombreux habitants d’Ebbing. 

Ce postulat ne servant non pas à un énième film de vengeance ou de polar remplis de flics aussi torturés qu’alcooliques mais à un sacré monument d’humour noir autour du thème du deuil. C’est excessivement convenu de parler de passer “du rire aux larmes” mais c’est pourtant exactement le parcours qui nous attend dans ce récit choral gravitant autour de Frances McDormand. Les répliques ciselées à tomber par terre fusent sur la mise en scène au cordeau qui n’hésite pourtant pas à sérieusement prendre aux tripes quand la situation l’exige. Dressant un portrait exubérant mais profondément humain de sa galerie de personnages moralement troubles. Un récit mené tambour battant, quasiment sans un seul flash back, pour suivre la marche inexorable de la vie en cas de deuil. J’ai parlé de la photographie à tomber sinon ?

3 billboards est financé par la branche indépendante de la Fox : Fox Searchlight Pictures tout comme La forme de l’eau de Guillermo Del Toro (golden globes du meilleur réalisateur et meilleure musique, favori aux Oscars). Récemment racheté par Disney, j’espère que ce palmarès ne prendra pas des allures de chant du cygne pour ce qui est probablement une des meilleures boîtes de production à l’heure actuelle.

En refusant de se conformer aux codes auquel il semble appartenir de prime abord, s’éloignant quasiment du film de genre, Martin McDonagh donne l’impression de balancer des uppercuts par caméra interposée, sachant parfaitement placer ses situations pour méduser à l’instant de leur résolution, souvent logée dans l’écrin d’un plan dantesque. L’écriture ne respecte aucun carcan et ne ménage pas ses efforts pour se renouveler, à l’opposé par exemple de son concurrent aux Golden Globes, le Grand Jeu d’Aaron Sorkin, modèle type du scénario de qualité mais purement académique. Le jury a tranché et c’est la répartie mordante de Three Billboards qui a gagné. Au Grill personne ne conteste.

Dans les points perfectibles, le film n’est en rien un récit de vengeance, terme d’ailleurs complètement absent du titre US. On n’est pas dans un John Wick au féminin où ça défouraille de la catharsis plombée, ici on est plutôt dans les dégâts moraux du deuil, un thème rarement traité sous l’angle de la pure comédie noire. Ensuite, en posant une idée forte en point de départ et en observant toutes ses conséquences et ramifications, le récit adopte une structure qui lui est propre en quatre ou cinq actes (glissés les uns dans les autres) qui donnent à certains moments l’impression que le générique va tomber alors qu’il reste une bonne demi-heure de film vers une fin douce-amère. En refusant de résoudre bien comme il faut tous les thèmes lancés, en croquant quelques personnages moins bien que d’autres et en plaçant ce qui pourrait être son climax à la fin de son deuxième tiers, Three billboards risque de laisser sur leur faim quelques spectateurs habitués à un certain type de narration plus conventionnelle, pour le reste, quelle beauté de voir un tel film survivre à son point final.

On est sur du gros coup de cœur qui pour deux temps morts pardonnables te donne l’impression d’avoir vécu tout un roman, du genre qui colle longtemps à la peau. Courez-y !

 

PS : Je suis prêt à me planter de la ferraille dans la tête juste pour mettre un coup de boule clouté au premier qui me dit que c’est un remake de Fargo. Que du love.

3 billboards : les panneaux de la vengeance

Est N'est pas
L'exemple parfait de ce qu'est un vrai bon scénario Un film de vengeance ou un thriller mais une comédie noire
Une succession de performances d'anthologies Sans un léger ralentissement quand le film entame sa dernière partie
Un festival de répliques cultes, du caviar pour les oreilles Un film du samedi soir oubliable, on est calibré sur du chef-d'oeuvre
Tellement badass que tu te surprends quand même à chialer Totalement dans la mouvance des précédents films du réalisateur
La perle indépendante méconnue qui va peut-être miraculeusement rencontrer son public / 20

8 janvier 2018
Alcide