Captain Fantastic

feel good autarcie

Captain fantastic repose sur un concept aussi brillant qu’osé. Ben, un père de famille, incarné par Viggo Mortensen, élève seul ses 6 enfants dans l’autarcie la plus totale. Tout se passe pour le mieux jusqu’au jour où la mère réussit à se défenestrer après une grosse poignée d’années passés dans un hôpital psychiatrique. L’envie de lui rendre un dernier hommage étant irrépressible, la petite famille va devoir quitter son cocon pour se confronter au monde extérieur malgré l’enthousiasme du père de la défunte bien décidé à faire arrêter Ben s’il pointe le bout de son nez à l’enterrement.

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Pour être franc, j’attendais Captain fantastic depuis sa présentation à Sundance, précisément dès que cette photo a fuité sur le net. J’ai tenté de résister mais rien n’y fait, Viggo Mortensen dans un costume rouge flashy tenant la main d’un enfant portant un masque à gaz dans une église, a séduit instantanément mon petit cœur de cinéphilie. A Cannes, j’étais prêt à donner mon deuxième rein pour avoir une invitation, ne me demandez pas ce que j’ai fait du premier.

Bon dit comme ça, on a l’impression que c’est aussi joyeux qu’écouter une glossienne de Satie dans un couloir de la Salpetrière mais son réalisateur Matt Ross a réussi à trouver l’équilibre entre comédie et drame. Miraculeux diront certains mais depuis son premier long-métrage, « 28 Rooms Hôtel » (en gros c’est « 5×2 » qui rencontre « Lost in Translation» et « Nuit d’été en ville » version plus habillée mais le résultat n’est pas exceptionnel), le jeune réalisateur américain cultive son goût pour la rupture de ton. Ici, une bonne partie des spectateurs l’ayant vu dira qu’on se situe dans un mélange entre « Into the Wild », un film de Wes Anderson et « Little miss Sunshine». Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette association facile. D’un côté, je comprends car l’aspect vie sauvage et les costumes couleur flashy prédominent pendant un quart du film mais c’est surtout vers le long métrage du duo Dayton/Faris qu’il lorgne.

Captain Fantastic, Cinématogrill, Festival de Cannes 2016, Matt Ross

Les protagonistes chassent, vivent dans les bois mais quelque part, j’y aie plus vu une représentation d’une certaine vie de Bohème.

On retrouve le même goût pour les codes du road movie, l’art de l’insolence et du décalage subtil. La principale différence entre ces deux œuvres est que je trouve que Captain fantastic va plus loin. Tout simplement parce qu’il ne se contente pas de dépeindre une galerie de personnages borderline ou excentriques mais il confronte une vision antisystème à la société américaine. Si vénérer Noam Chomsky ou que faute d’éducation sentimentale, un adolescent se livre à une demande en mariage dès le premier baiser échangé, fera sourire l’assistance, rire des idées extrémistes du patriarche s’avérera une autre paire de manches pour les spectateurs qui manquent d’ouverture d’esprit. Pour autant, cet anti-héros est très bien écrit, bourré de nuances et se présente plus comme un père protecteur qu’un chef de secte. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Non seulement, ils sont tous attachants à leur manière mais leurs critiques sur l’éducation de Ben amènent à la réflexion sans tomber dans l’écueil du discours moralisateur.

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L’histoire s’inspire du vécu du réalisateur qui a passé son adolescence dans des communautés de Caroline du Nord et de l’Oregon loin de la télé et de la technologie.

Captain fantastic nous offre plus une ode à l’acceptation de soi dans un monde normalisé et standardisé que la valorisation d’un mode de vie utopiste contestataire. En somme, on est face à une belle leçon de vie à la fois drôle, émouvante, philosophique, solaire et poétique malgré quelques écueils. Des facilités d’écriture surtout dans le dernier acte et une mise en scène assez belle mais un peu trop typée Sundance sont à noter. Par contre, la direction d’acteurs sublime le long métrage notamment la performance de Mortensen qui fait corps avec son personnage allant même jusqu’à donner de sa propre personne ( Alerte full frontal mesdames).

 

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C’est aussi plaisant de voir Frank Langella, éternel second rôle du cinéma américain, très bon dans un rôle de beau-père conservateur, rigide mais attachant.

On n’est pas en présence d’un énième feel good movie bancal mais d’une des plus belles surprises de l’année à découvrir d’urgence.

Willard