A Bigger Splash

Dirty Work

 

Je n’ai rien contre les remakes. Le gros problème c’est les remakes des films à twist, ou du moins contenant une scène forte avec écrit en très gros dessus « ne pas spoiler ». Si on garde la même structure narrative, fatalement on en altère fortement l’intérêt pour qui connaît l’original, J’avais déjà soulevé ce problème dans Sorcerer par rapport au Salaire de la Peur, ici c’est pareil pour qui connaît La Piscine de Jacques Deray.
Si mentalement j’intègre que ce remake américain (fait par un Italien mais avec un titre et un casting qui transpire la rentabilité outre-Atlantique) soit à destination d’un public d’anglophones surcharge pondérale pas forcément au fait de l’œuvre de base et résumant la France à la nouvelle vague et au fromage, moi et ma tartine de camembert dans mon café non allongé qui vois le Deray passer deux fois à la télé depuis que je suis frustré de ne pas ressembler à Delon jeune, je ne peux que me sentir squeezé par A Bigger Splash vu que, fatalement, j’en connais la fin avant même qu’il ne commence. Heureusement ce n’est pas pour ça que c’est mauvais, en fait c’est même plutôt sympa.

 

293402 jpg r 1920 1080 f jpg q x xxyxx

Le titre fait référence au tableau le plus célèbre de David Hockney, devant apparaitre dans le film mais coupé au montage, toutefois l’inquiétante étrangeté de l’œuvre du pop art reste palpable. Le titre est peut être aussi une allusion à l’album A Bigger Bang des Stones.

 

Ainsi donc une Rockstar mi-bowie mi-ckjagger incarnée par l’androgyne Tilda Swinton, passe des vacances avec son compagnon taciturne une bonne décennie plus jeune (Matthias Schoenaerts) sur une île au sud de l’Italie. Dans ce décor idyllique frappé d’un soleil de plomb, où dès les quinze premières secondes la nudité explicite trace une frontière à coup de reins entre le traitement sensuel sans être prude du Deray et frontal de Luca Guadagnino, arrive l’ex de Marianne, Ralph Fiennes, un producteur roublard et déjanté aux ambitions troubles doté d’un foie en mode filtration industrielle accompagné d’une mystérieuse adolescente campée par Dakota Johnson qui se veut une mutine sensuelle malheureusement plus proche d’une lutine convenue, en retrait. Réactualisation réussie, on prend les mêmes et on recommence.

Il y a des idées de mise en scène, l’arrivée des problèmes par l’ombre de l’avion passant au-dessus des protagonistes par exemple (grillée dans la bande-annonce certes) bien que l’on alterne entre le plan signifiant et l’astuce de caméra pour l’amour de l’art. Il y a des idées dans d’écriture aussi, s’attachant à décliner la difficulté à communiquer comme à se faire comprendre dans les relations humaines en plaçant les personnages dans un pays dont ils ne maitrisent pas la langue, en rendant aphone le centre des convoitises Tilda Swinton ou en tissant en trame de fond les réfugiés syriens arrivant en Europe par cette île, d’abord une simple évocation avant de prendre une incarnation plus palpable mais toujours muette, parallèle étrange mais parfois pertinent de l’extrême misère à l’opulence du quatuor.

553488 jpg r 1920 1080 f jpg q x xxyxx

Le choix de Tilda Swinton, déjà présente dans son premier film, et son mètre quatre vingt de sèche féminité apporte un sacré mais intelligent contraste avec la pulpeuse beauté de Romy Schneider.

 

Etrange pourquoi ? Parce qu’à part être là ces éléments n’apportent rien à l’intrigue peinant à décoller (pour alléguer mon propos je citerai bien leur absence dans le Deray mais ça serait trop facile…), de plus leur actualité interdit au film de prétendre à l’universalité loin d’être démodée des thèmes de l’original. La tension, la menace sourde pesant sur ce huis clos version villa de magazine, monte péniblement. La faute peut être justement à son statut de remake, en voulant se détacher de l’original A Bigger Splash oublie son squelette de Thriller, échouant à moitié à construire son climax pour finir de se délayer dans son dernier acte bien faible alors qu’il aurait dû être le plus stressant.

Encore que pardonnable, ne pas assumer au point d’accompagner d’une musique pesante limite kitsch une promenade de deux touristes dans la garrigue pour installer un faux suspense, aux antipodes de la bande-son rock diégétique des meilleures scènes, est à la limite du ridicule. De même que ce tic de réalisation de passer à l’accéléré pour donner un rythme artificiel à des scènes qu’il aurait mieux valu couper ou éluder, quitte à ne pas tenir ses 124 minutes. 4 petites minutes de plus que l’original probablement faites de gros plan sur un tuyau d’arrosage ou d’un poisson en croute de sel au relent de foodporn, ne respectant pas la promesse implicite d’un film « bigger » que La Piscine qu’en plus Guadagnino avoue ne pas spécialement aimer.

 

552550 jpg r 1920 1080 f jpg q x xxyxx

Ralph Fiennes joue un ancien producteur des Rolling Stones, du coup très présents dans la bande originale tout en traçant un parallèle plutôt ingénieux entre une scène du film et l’histoire houleuse des débuts du groupe.

Une réalisation galérienne se voulant l’égal des grands mais touchant par instants au téléfilm, un rythme en dents de scie, un résultat miné de gimmicks inintéressants, j’avais pas commencé par dire que le film était plutôt sympa ? Oui, car Ralph Fiennes.

Connu du plus grand nombre pour le clownesque Voldemort (pas sur que le nez rouge tienne, mais avouez que passer du mage noir suintant la classe sur  papier au vert luisant blanchâtre en robe de chambre agitant sa baguette en rigolant comme un taré mérite de se poser quelques secondes pour évaluer les dégâts), Ralph Fiennes est surtout une incarnation de la poigne de fer dans un gant de velours. De son rôle du bourreau d’Hitler dans la liste de Schindler au récent Laurence Laurentz, tyran maniéré du dernier Coen (Ave Cesar, le film que j’ai eu l’impression d’être le seul à aimer avec Batman contre Superman), il est parfait pour les personnages ambigus. Ici mis au premier plan, modifiant la dynamique  Deloncentrique (dont le rôle est assuré par Matthias Schoenaerts) de l’original pour nous offrir une performance exceptionnelle, entre le solaire et l’inquiétant d’une personnalité géniale rongée par l’envie. Rien que pour ça, rien que pour avoir capté l’énergie d’un Ralph Fiennes en chemise improbable sous une atmosphère brulante palpable, il mérite que l’on s’y arrête.

Par contre Luca Guadagnino s’attaque maintenant à Suspiria, autant la piscine c’est un bon film et il a déjà du mal à tenir la comparaison, autant Suspiria c’est une légende et j’ai très peur.