Actualité Ciné

18/09/2018 – Oscar 

Oscar Noé

Le thème de cette semaine c’est Climax de Gaspar Noé ! On sort les cotillons, les platines, la sangria… quoique, on va rester au punch. Bref, après la sortie mouvementée de son précèdent film en salle, Love (déconseillé aux moins de 18 ans et une asso polémique a porté plainte pour en interdire la diffusion), Climax se trouve aujourd’hui présélectionné par le CNC (Centre National du Cinema) pour l’Oscar du meilleur film étranger !

Je veux bien que le distributeur américain du film, A24, y soit pour quelque chose mais on retiendra la bonne nouvelle que les institutions françaises commencent (enfin) à reconnaître un des enfants les plus terribles du cinéma hexagonal.

C’est l’occasion de dépatouiller comment qu’on envoie un film à l’Oscar du meilleur film étranger, tout d’abord l’œuvre doit respecter 4 critères :

Depuis quelques années, la commission française comporte toujours Teresa Cremisi, la Présidente de la commission d’Avance sur recettes du CNC (une importante aide d’Etat à la production), Thierry Frémaux, Monsieur Festival de Cannes, Alain Terzian, le Président de l’Académie des César, et Serge Toubiana, Président d’Unifrance films soit l’association chargée de la promotion et de l’exportation du cinéma français dans le monde.

Ensuite ils sont accompagnés dans leurs choix par trois acteurs importants de l’industrie, cette année on avait les réalisatrices Claire Denis, papesse d’une certaine idée du cinéma de genre, et Nicole Garcia accompagnées de la productrice Isabelle Madelaine.

Le champion 2018 qui n’a malheureusement pas traversé la frontière.

La commission se réunira une seconde fois pour nommer The one and only French Film to envoyer at the Oscar, enfin l’académie sélectionne les cinq finalistes qui seront en lice pour la statuette parmi tous les projets qui lui parviennent du monde entier. Du coup il n’y a aucune garantie d’avoir un film français en compétition. L’année dernière la commission de CNC avait ainsi présélectionnée 120 battements par minute de Robin Campillo, Barbara de Mathieu Amalric et Le Redoutable de Michel Hazanavicius et Grave de Julia Ducournau, du moins dans mes rêves, pour ensuite choisir 120 bpm que l’académie des Oscars n’a pas retenus.

Cette année donc on la pré-sélection s’est portée sur cinq films dont on peut évaluer leurs chances “d’être en finale”:

Ce film a un manque flagrant de danseurs et de drapeau français à paillette… 

Celui qui n’y est pas :

Lui là, sauf grosse surprise, il sera en compétition pour le meilleur film.

Et dans le reste du monde :

Pour l’instant une soixantaine de pays ont choisi leurs champions – il y a eu 92 films présentés au total l’année dernière – alors si autant on n’a rien à dire sur le Cygne de Crystal (Crystal Swann) choisit pour représenter la Bielorussie, on en a vue d’autres en festival (la liste complète est ici) :

 

Les favoris

Sortie le 10 octobre, on va en reparler bientôt.

Un polar tellement honnête et bien fait qu’on ne le voit pas du tout finaliste.

 

Les moins favoris :

On ne le voit pas gagner mais c’est notre favori des moins favoris.

 

Les game-changers pour lesquels c’est pas encore gagné :

Netflix fout une pression monstre sur sa promotion car une statuette permettrait une vraie reconnaissance du service dans le cinéma mondial, car Roma, si Venise l’a célébré, Cannes l’a boudé.

 



05/07/2018 – sortie Netflix

Lastman – disponible sur Netflix depuis le 1er juillet

Lastman. Un nom trop méconnu du grand public mais qui collera sans aucun doute un frisson au plus geek de tes potes, celui qui connaissait Rick & Morty avant tout le monde, qui arbore un porte-clef « pussy wagon » et te parle du jeu earthbound avec le même trémolo dans la voix que ta grand-mère qui évoque Jean-Pierre Pernaut. Ouais celui-là…

Lastman est initialement une série de bande dessinée à part, avec un trio d’auteur français (Balak, Sanlaville et Vives, on va pas s’étendre mais c’est des tueurs) en noir et blanc comme un manga dont il reprend aussi le format de « petits » tomes de 180 pages mais avec un découpage comics et un feeling bd. Pas de roi des ninjas de 13 ans ni de Superman, mais un groupe d’adultes aux caractères bien construits que l’on suit sur des mois, voire des années. Mêlant héroic fantasy, SF, films de muscle avec Schwarzy ou Sly mais aussi récit à la Spielberg, et sans tomber dans le foutoir ni même le patchwork, leur monde est foutrement original et minutieusement construit entre action, humour et même émotion ; arrive la série animée pour étendre un peu plus l’ambition déjà démesurée de cet univers.

Déjà tout le monde peut venir, un peu comme le DoMac mais avec moins de sciure dans le steak, la série est une préquelle qui s’attache à raconter le passé d’un des personnages principaux : Richard Aldana. Aucune raison de lire la série papier avant (mis à part que c’est globalement génial) car on fait partir l’histoire 10 ans avant sa première page, à Paxtown, une ville inspirée du Los Angeles des action movie des années 80 avec sa mafia, ses palmiers, ses politiciens véreux, ses bars à hôtesses et ses trafics en tout genre. D’ailleurs le scénario à base de looser qui va se découvrir une passion pour la boxe tout en protégeant la fille de son mentor poursuivie par une secte sanguinaire et son club possédé par le parrain local est l’excuse parfaite pour foncer dans cet univers qui mêle Rocky et Lovecraft entre deux vannes bien senties.

Pour du 100 % franchouillard, Lastman est la crème de la crème, avec l’équipe en charge de clips chelous et des Kassos – dont Balak était déjà réalisateur – dans un format ultra punchy de 10 ou 12 minutes par épisodes pour plus de 4h de programme, la série se dévore comme du pop corn au ciné. Et puis quand avec des titres comme « Tu sais, moi, les moustachus » ou « Il a une sale gueule ton bernard l’hermite », on a du mal à résister.

En bref, on a un scénario furieux tiré d’un univers génial qui rafle tous les prix depuis sa création en 2013, un travail sur les voix et la musique exemplaire (pas mal de chansons originale ont été créé pour le personnage de la chanteuse Tomie d’ailleurs, j’ai parlé du sens du détail qui pèse ?), une animation fluide et une ambiance générale qui touchera autant l’amateur de Twin Peaks que de GTA, Lastman mérite d’être découvert une large audience et on espère sincèrement que sa sortie sur Netflix la fera décoller.

Non parce que initialement c’était France 4 en semaine entre 23h et minuit. Alors oui, paraît que les audiences étaient sacrément bonnes pour la chaîne mais bon, j’ai un peu appris l’existence de France 4 à ce moment là…



12/04/2018 – Cannes 2018

Annonce de la compétition officielle : plus Cannes que ça, tu meurs 

Ça ne vous aura pas échappé, la liste des films en compétition officielle a été annoncée ce matin, avec  2-3 ajouts futurs possibles. Si l’on rêvait d’une belle compet vu le nombre de projet que 2018 réserve (le nouveau Dupieux, Lanthimos,  László Nemes, De Palma, Naomi Kawase, Audiard, Malick, Dolan, L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam voire le film de SF de Claire Denis ou la fresque historique de Pierre Schoeller), l’annonce officielle nous a un peu fait l’effet d’une douche froide. Autant on peut comprendre que Loro de Sorrentino et ses 4h ne soit pas passé et que Lars Von Trier soit toujours blacklisté, autant il y a certains choix qui surprennent… Ne boudons pas notre plaisir tout de même, dans le tas il y a des choses qui nous bottent et pas qu’à moitié. En attendant un long article récap une fois toutes les annonces faites, on fait un premier tour d’horizon spécial compétition :

On les attend :

☺Everybody Knows, d’Asghar Farhadi : Oscar du meilleur film étranger pour son excellent dernier film Le Client, on valide ce film qui fait l’ouverture avec Penélope Cruz et Javier Bardem.

☺Under the silver lake, de David Robert Mitchell : Le deuxième film du réalisateur d’It Follows, une sorte de comédie noire déjantée à Hollywood avec Andrew Garfield, une de nos plus grosses attentes, surtout après sa géniale bande annonce.

☺Ash is purest white, de Jia Zhang-Ke : Réalisateur chinois spécialisé dans les récits fleuves, on ne sera pas étonné que son film soit le plus long de la compétition ave 2h30 au compteur, mais il filme bien, il écrit bien, il est bien.

Dogman, de Matteo Garrone : Après son passage par le fantastique en 2015 (Tale of tales), Garrone revient plutôt à son premier film, Gomorra, puisqu’il s’inspire de l’histoire vraie d’un toiletteur pour chiens qui a assassiné un ancien boxeur chef de la mafia. Franchement, on est partant.

Plaire aimer et courir vite, de Christophe Honoré : Honoré c’est un peu le chouchou bobo parisien, même s’il est Breton, passant du film surréaliste bizarre et plaisant Métamorphoses à l’adaptation plan-plan des malheurs de Sophie en 2016, sa nouvelle histoire s’attarde sur une romance gay, donc au final on sait pas à quoi s’attendre mais on sait qu’il est capable du meilleur quand il veut.

Blackkklansman, de Spike Lee : Spike Lee s’attaque au KKK, on n’arrive pas à croire que ça arrive que maintenant. Pas Cannois pour un sous, on valide en espérant un film coup de poing.

☺Yomeddine, de A.B Shawky : Premier film en compet, ce qui est assez rare, cette histoire de road trip d’un lépreux qui traverse l’égypte nous botte même si les infos sont pour le moment rares.

Zimna wojna (Guerre froide), de Pawel Pawlikowski : Ida, oscar du meilleur film étranger en 2015, était sacrément bien fait, et puis un film de 1h25, à Cannes, ça se refuse pas.

Leto (L’été), de Kirill Serebrennikov : Son dernier film à Cannes, Le disciple, était très cool, très inspiré dans sa réalisation par Le fils de Saul aussi.

On ne connait pas spécialement / on n’a pas d’avis :

Lazzaro Felice, d’Alice Rohrwacher

Buh-Ning, de Lee Chang-Dong

Netemo sametemo, de Ryusuke Hamaguchi

Capharnaüm, de Nadine Labaki

On a peur / va falloir nous convaincre :

Three faces, de Jafar Panahi : Autant on respecte énormément ce réalisateur assigné à résidence en Iran qui tourne des sortes de docu-fiction en mode guérilla, autant il ne s’embarasse pas de petites choses comme de la mise en scène, un scénario ou de la photographie. On admire le bonhomme mais on attend de pouvoir admirer son œuvre aussi.

Shoplifters, de Kore-Eda Hirokazu : Kore-Eda est très subtil, certains diraient soporifiques, nous on a du mal…

Les filles du soleil, de Eva Husson : Bang Gang est l’un des films les plus naïfs, mal écrit et insupportable que l’on ait vu, du coup on part avec un petit à-priori.

En guerre, de Stéphane Brizé : Film très engagé avec Vincent Lindon, c’est pas qu’on naime pas Brizé mais on espère que l’on ne verra pas une simple suite de La loi du marché.

 

Godard :

Le livre d’image, de Jean-Luc Godard : On ne lui demande que de laisser le ratio plaisir/douleur à 0 et pas plus bas. S’il te plait Jean-Luc. Sinon c’est une docu fiction sur le monde arabe avec les cinq piliers de l’Islam en leitmotiv.



08/03/2018 – Attentes

Un nouvel âge d’or du film de genre français ?

Le genre, cette catégorie fourre-tout entre récit Pulp et démarche d’auteur, fauchée ou pas, indépendante souvent, violent et sexy aussi, qui ne veut ressembler à rien et qui pourtant a des atomes crochus entre chacun de ses membres : cet archipel de films bizarres et intriguant semble faire un retour tout à la fois victorieux et sous le radar dans l’hexagone.

On estime que l’âge d’or du cinéma de genre en France a commencé fin des années 60 pour s’éteindre avec la fermeture des cinés de quartier et des vidéoclubs tout au long des années 90. S’il est trop tôt pour parler d’un second souffle au son des bouchons de champagne que l’on sabre,  on a toutefois une impression que quelque chose se met en marche qui se confirme semaine après semaine. Evolution en 2016 a fait le tour des festival d’Europe (sans trop rencontrer son public, exploitation dans moins de dix salles), l’année d’après Laissez bronzer les cadavres a surpris mais c’est surtout Grave  que l’on retient pour avoir enchanté la critique et fait un beau score en salle (pour un premier film interdit au moins de 16 ans) de même que l’on a assisté au sacre par les Césars – ça vaut ce que ça vaut, on est d’accord – de Dupontel jusque-là cinéaste underground par excellence, et en 2018 une petite dizaine de passionnées primo-réalisateurs ou vieux de la vieille déboulent avec des projets alléchants sans parler d’une (petite) perte de frivolité des producteurs qui risque bien de se concrétiser dans les mois à venir.

La nuit a dévoré le monde, arrive ainsi quelques semaines après Revenge et juste avant Ghostland, Dans la brume, Tu ne tueras point et pas mal d’autres projets plus ou moins avancés. D’ailleurs ce petit monde s’intercroise souvent, Dominique Rocher (La nuit a dévoré le monde) a coécrit son film avec le réalisateur de Tu ne tueras point et le scénariste de Dans la brume, tous pote avec Coralie Fargeat (Revenge), à côté le réalisateur des garçons sauvages joue dans Un couteau dans Le cœur, les deux réalisateurs ont vu Jessica Forever et en disent le plus grand bien. Un petit monde on vous dit !

Pour l’instant pas de déception et un sacré coup de cœur (Les garçons sauvages), tout porte à croire qu’en faisant le bilan de 2018 dans quelques mois, on ne pourra pas dire qu’il n’y aura eu que des comédies débiles ou des drames mollassons. Surprenant, non ?

Bref, on récapitule :

Revenge (Coralie Fargeat), rape&revenge stylisé – 7 février

Les garçons sauvages (bertrand Mandico), hallucination inclassable – 28 février

La nuit a dévoré le monde (Dominique Rocher), Zombies à Paris : – 7 mars

Ghostland (Pascal Laugier), home invasion – 14 mars

Tu ne tueras point (Jérémie Guez), polar hard boiled – 4 avril

Dans la brume (Daniel Roby), apocalypse à Paris – 4 avril

Le loup et l’agneau (Sevan Maurin), slasher – 30 mai

Au poste ! (Quentin Dupieux), comédie absurde – 4 juillet

Ils seront probablement présentés à Cannes :

Un couteau dans Le cœur (Yann Gonzalez), thriller expérimental érotique – 20 juin

Jessica Forever (Jonathan Vinel, Caroline Poggi), adolescents ultraviolents – inconnu
On ne saurait que trop vous conseiller leur court-métrage « Tant qu’il nous reste des fusils à pompe » disponible sur internet.

Les frères Sisters (Jacques Audiard), western crépusculaire – inconnu

High Life (Claire Denis), dystopie SF – inconnu



05/06/2017 – Tournages

Le tournage de l’homme qui tua Don Quichotte est terminé !

Peut-être le film maudit le plus célèbre de ces dernières décennies, l’adaptation de Don Quichotte par Terry Gilliam annonce sa fin de tournage quelque 27 ans après le lancement du projet.


Le réalisateur de l’armée des 12 singes et de Brazil tenait en effet à régler cette histoire après un premier essai avorté en 2000, objet du documentaire culte Lost in la Mancha, une pépite qui revient sur tous les déboires qu’a connus ce tournage resté dans les annales comme l’une des plus grosse suites de catastrophes du 7ème art.

Relancé l’année dernière à Cannes, le producteur Paolo Branco a financé le film à hauteur de 17 millions de dollars, la moitié du budget initial, Gilliam s’est remis en selle en réussissant à réunir au casting Adam Driver (Paterson, Silence, Star Wars VII), le Monty Python Michael Palin, Olga Kurylenko (Quantum of Solace, Oblivion), Stellan Skarsgård (Melancholia) et Joana Ribeiro. Ceux-là remplaçant le casting initial qui comprenait Jean Rochefort, Johnny Depp, Vanessa Paradis et Christopher Eccleston.

Le version 2017, a priori centré sur une réécriture du scénario alternant passé et présent autour d’Adam Driver, alternativement publiciste londonien et Pancho Panza.

Toutefois un dernier obstacle reste à régler pour que cette production franco-espagno-belgo-portugaise arrive sur nos écrans, les producteurs de la version des années 2000 tenants à faire valoir leurs droits sur le projet. Un imbroglio juridique dont on n’a pas de nouvelles depuis quelque temps, mais après tout on ne s’attendait pas à ce que ce soit si facile.

Alcide



12/05/2017- Actualité

« Le Festival de Cannes a demandé en vain à Netflix d’accepter que ces deux films puissent rencontrer les spectateurs des salles françaises et pas uniquement ses seuls abonnés. De fait, il déplore qu’aucun accord n’ait pu être trouvé. »

Le festival de Cannes s’est fendu d’un communiqué concernant les deux films produit et diffusé par Netflix à Cannes. The Meyerovitz Stories” du réalisateur Américain Noah Baumbach qui fera peut-être autre chose que du sous-Woody Allen ce coup-ci même si ça paraît pas gagné et “Okja” du Sud-coréen Bong Joon-Ho, réalisateur de l’excellent Transperceneige.

En bref, si rien ne change pour cette année, les deux films restent en compet, le festival change ses règles et refusera à l’avenir les films ne bénéficiant pas d’une distribution en salle. Au Grill on est sceptique face à cette vision plutôt anti-streaming qui ressort de ce communiqué orienté.

Même si rien ne remplacera une séance dans une bonne salle obscure nous ne pensons pas que Netflix est un barbare sanguinaire couteau aux dents dont la seule raison de vivre est le massacre des cinémas de quartier avec la lapidation de bichons frisés. Encore une fois le Grill à depuis longtemps confiné la séance de ciné dans le registre des paraphilies à connotation religieuse mais ce n’est pas pour autant que l’on a envie de sortir les torches face aux services de vidéo à la demande par abonnement, ceci pour une raison simple : on préfère voir un film sur sa télé que ne pas le voir du tout.

Venant d’un désert culturel où le cinéma art & essai local peinait à avoir les films indépendants dans le mois de la sortie tout en refusant les séries B sympas que le multiplex le plus rapproché dédaignait (les Ex machina, it follows, les deux derniers Greenaway ou la danza de la realidad de mémoire récente d’un homme meurtri), le streaming/VoD a été une immense oasis à notre cinéphilie. Ce raisonnement n’a pas lieu dans la plupart des grandes villes, c’est certain, mais raison de plus pour encourager Netflix et consorts à s’engager dans une démarche “auteuriste” pour propager du Ciné majeur ailleurs que dans les quatre salles à moitié vides longeant la Sorbonne, et je ne dis pas ça par dédain vu que je les fréquente assidûment. On ne dit pas que c’est mieux, mais le constat est simple, pourquoi s’offusquer qu’un film Cannois soit disponible immédiatement pour tous sur Internet alors que chaque année on ne s’émeut pas de sortir des pépites dans une centaine de salles (et encore c’est le meilleur score qu’un film indé puisse espérer sur les 2 000 cinéma que compte l’hexagone) dans l’année qui suit le festoche, sans aucune publicité. Prenons A Perfect Day, quinzaine 2015, plébiscité sur la croisette et sorti onze mois plus tard pour rester deux semaines à l’affiche ; je suis intimement persuadé qu’une mise en ligne dans la foulée de Cannes aurait inspiré la soirée de centaines de spectateurs juste après avoir entendu parler du film à l’occasion du JT ou de Canal (moins présent sur la croisette certes), leur donnant l’occasion de voir une bonne comédie noire et même, miracle, de réfléchir 15 secondes sur leur consommation culturelle “Pour la Bosnie !”.

Actuellement Netflix a un catalogue largement mainstream et ses productions originales ne nous ont pas vraiment convaincue, contrairement à d’autres services par abonnement comme Outbuster par exemple qui sélectionne une dizaine de films difficilement trouvables avec un goût certain avec un renouvellement régulier, dénichant par exemple les introuvables courts-métrages de Julia “Grave” Ducournau le mois dernier. Ainsi voir la plate-forme produire du contenu original en laissant une liberté certaine à ses auteurs est loin d’être une mauvaise nouvelle, en espérant que la chaîne comprenne son intérêt à faire du pied aux cinéphiles. Imaginer un monde dans lequel Dredd ou Scott Pilgrinn aurait bénéficié de la vitrine Netflix au lieu de faire un four en salle aurait, hypothétiquement mais on est des gros optimistes, permis un véritable engouement public pour ses œuvres que les studios se sont empressé de finir à coups de pelle avant de les enterrer au fond du jardin dans une discrétion honteuse.

D’autant plus que Cannes a communiqué massivement sur le festival de séries qui s’est tenu au sein même du grand palais un mois avant composé d’œuvres en majorité la propriété de chaînes privées, diffusées là où seront projetés dans une poignée de jours les films originaux Netflix. Cachez ce sein que je ne saurais voir ?

Transition Verhoeven, wouhou !

Mais la vraie raison à laquelle les discussions entre l’organisation du festival et Netflix n’ont pu aboutir ne dépendent d’aucun des deux partis, le festival a « demandé en vain à Netflix » quelque chose qui n’est quasiment pas de son ressort. En France, la loi a posé un calendrier d’exploitation des films qui frôle l’anachronisme malgré son noble but de justement protéger la diffusion en salles. Ainsi un film ne peut sortir en DVD que 4 mois après l’exploitation en salle, avant c’était 6 mois mais le délai a été réduit pour éviter les imports de DVD de pays voisins sortant bien avant (en Italie le délai est de tout juste un mois et les galettes fonctionnent très bien sur les lecteurs français, avec le doublage VF souvent inclus). Pour un service de VoD par abonnement, ce délai est de… trois ans ! Impensable effectivement pour Netflix de financer un film pour pouvoir l’exploiter trente-six mois après une sortie dans une centaine de cinémas français, le sacrifice du bénéfice, l’embargo que devront subir les cinéphiles l’ayant loupé en salle sans parler du piratage… Ne pas sortir ses films en salle n’est pas un coup de Netflix face à l’exploitant, c’est la seule possibilité qu’il a.

La tournure « le festival déplore que ces films ne puissent rencontrer les spectateurs des salles françaises » m’irrite. Non, ces films vont rencontrer des spectateurs, probablement bien plus que ceux qui auraient fait le déplacement dans les salles françaises s’ils avaient eu la chance d’avoir Okja diffusé à moins de 100 km de chez eux, et ce n’est pas une question d’argent vu que l’abonnement coûte grosso modo celui d’une soirée ciné. La réalité est que ces films ne vont pas, et c’est un fait établi, rencontrer les salles françaises, celles dans leur galère pour pas se faire bouffer par les multiplex en viennent à oublier qu’il n’y a jamais eu une telle fréquentation des salles aujourd’hui alors que le piratage n’a jamais été aussi massif. Ces salles qui perdent l’espoir lors de soirée spéciale avec trois pelés et redifs massivement ignorées de croire à un sursaut de cinéphilie massif, et pourtant… Voir des films provoque l’envie de voir des films, à Cannes de choisir s’il veut être un vendeur de billets ou un diffuseur de cinéphilie.

Netflix existe, autant composer avec.

Ainsi le grill est largement sceptique quant à la décision d’exclusion de Cannes. Comment concurrencer un catalogue qui comptera bientôt Scorcese avec des moyens de production n’ayant rien à envier à Hollywood ? Quand bien même le problème tiendrait plus au simple fait de ne pas se ringardiser. Imagine-t-on encore Pulp Fiction ou Apocalypse Now en compet, pourtant des gagnants de la palme ?

Netflix existe, comme la cassette à bouffé les cinémas de quartier et internet a pulvérisé les magasins de location. Le cinéma doit s’adapter comme il l’a toujours fait, l’histoire nous a appris que ceux qui s’attachent à l’ancien système qu’ils voient perdurer ne sont plus là pour en parler. Mon précieux numéro des années Laser titrant “pourquoi le DVD ne remplacera jamais le LaserDisc” est là pour en témoigner. Un modèle à l’américaine avec Netflix qui a un délai d’un an avant de pouvoir diffuser un film sorti en salles et qui se sert des festivals, comme Sundance, pour promouvoir du ciné indé pas dégueu (I dont feel at home in this world anymore, le gagnant boosté par le géant du net) paraît un bon compromis face au système français donnant ce coup-ci l’impression de faire l’autruche. Je ne veux pas que ce billet soit un pamphlet contre les cinéma que j’aime et continuerais de fréquenter, mais plus qu’une disparition des salles, c’est une ratification des bons films que je crains. Plutôt que de trancher un nœud gordien qui n’appelait pas à une réponse binaire, le Festival ferait mieux de chercher, si ce n’est le meilleur, le moins pire des compromis.

Alcide



01/05/2017- Tournage

Qu’on se le dise Paul Verhoeven a l’air de se plaire en France. Après le succès de «Elle » couronné par deux césars, le néerlandais violent est reparti sur un nouveau projet. Ce ne sera pas « Lyon 1943 », son film sur la résistance française mais Sainte Vierge, l’adaptation d’un roman historique de Judith C. Brown racontant l’histoire vraie de Sœur Benedicta, une religieuse italienne du XVII ème siècle qui n’a jamais caché ses penchants saphistes et fut emprisonnée par sa hiérarchie pour comportement amoral.

À cette occasion, Verhoeven retrouvera son complice d’écriture de ses plus grands films européens ( sauf « Elle ») Gerard Soeteman, le producteur Said Ben Said et Virginie Efira qui incarnera la none sulfureuse. Si au Grill, on fantasme déjà sur ce projet qui sent le soufre, comme en témoigne son affiche, aucune date de tournage n’est encore annoncée mais on devrait en savoir plus après le passage du cinéaste néerlandais sur les stands du marché du film lors du prochain festival de Cannes.

Willard



25/04/2017 Bande-Annonce 

La suite de Kingsman, l’hommage aux vieux films d’espionnage bien pulp où l’on frémissait devant l’étalage de gadget de Q ou le claquement de fouet d’Indy, se poursuit dans une somptueuse bande-annonce aussi référencée qu’inspirée. Énigmatiquement intitulé le Cercle d’or, elle revient sur le retour d’un personnage culte annoncé dès la première affiche tout en introduisant quelques nouveaux comme Channing Tatum et Jeff Bridges décidément dans tous les bons coups. Ces deux là jouant probablement les “statesman”, pendant américain des Kingsman.

(niveau de spoil faible)

La vraie bonne nouvelle est surtout que Matthew Vaughn reste à la caméra et au scénario, le réalisateur voulant peut-être éviter un effet Kick-Ass 2, ce qui permet d’espérer que le mélange détonant d’action dantesque, de comédie épicée et de direction artistique en roue libre prendra une nouvelle fois pour nous offrir un digne héritier de ce que l’on considère ici comme un des films récents les plus jouissifs. Daté au 11 octobre, l’attente va être longue.



22/04/2017 Bande-Annonce 

Après avoir été séduit par « Trois souvenirs de ma jeunesse », j’attends énormément du prochain film d’Arnaud Desplechin « Les fantômes d’Ismaël ».

Comme pour sa précédente œuvre, j’ai longtemps pensé qu’on aurait affaire à un préquel ou à une suite centré sur le protagoniste de « Rois et Reine ». Pour autant, la bande-annonce semble démontrer le contraire. L’acteur fétiche du réalisateur nordiste, Mathieu Almaric prêtera donc ses traits à un autre Ismaël Vuillard, ici cinéaste heureux en amour dans les bras de Sylvia et s’apprêtant à tourner son prochain long métrage quand son ex-compagne, Carlotta, resurgit dans sa vie après avoir disparu pendant près de 20 ans. Tiraillé entre ces deux femmes, incarnées par Charlotte Gainsbourg et Marion Cotillard (qui retrouve Desplechin 20 ans après « Comment je me suis disputé ma vie sexuelle »), il devra affronter les fantômes de son passé afin de pouvoir faire un choix.

(niveau de spoil faible)

Si les premières images nous laissent l’impression d’un film moins entraînant que « Trois souvenirs », on y retrouve la patte romanesque de Desplechin qui, en quelques jolis plans et dialogues bien ciselés, arrive à nous séduire. Ce fut sûrement le cas de Thierry Fremaux qui n’a pas hésité à le programmer en ouverture du prochain festival de Cannes. Mais soyez rassurés, l’attente sera courte car il sortira le même jour, le 17 Mai, dans un nombre conséquent de salles françaises.

Willard



21/04/2017 Bande-Annonce 

Le nouveau Sofia Coppola “Les Proies” sera en compétition officielle à Cannes dans quelques semaines. Remake d’un film de don Siegel de 1971, la nouvelle bande-annonce sortie aujourd’hui semble montrer que la réalisatrice sort de sa zone de confort pour embrasser toute la noirceur du matériau d’origine.

Sans spoiler, Les Proies de 1971 est à part dans la filmographie de son réalisateur spécialisé dans les westerns. Cette histoire de soldat blessé lors de la guerre de sécession, joué par un Clint Eastwood à contre-emploi, récupéré par un pensionnat de jeune fille fait rapidement du cowboy solitaire un antihéros tout en étant un des rares films du genre à placer un groupe de femmes en personnages centraux.

(niveau de spoil moyen)

Ici Collin Farrel tombe dans les griffes de Kirsten Dunst, troisième collaboration après Marie-Antoinette et Virgin Suicides, Elle Fanning (Neon Demon) qui comme sa sœur Dakota se met au western sans concessions, et Nicole Kidman en mère supérieure bien nerveuse. Autant dire que la version de Sofia Coppola, par sa bande-annonce qui alterne une minute d’amour galant à une minute de châtiments corporels, est plutôt prometteuse.

Alcide