• Par: Cédric Anger
  • Année: 2018
  • Durée: N/A
  • Origine: France
  • N/A
Les déceptions du grill

L’amour est une fête

… alors pourquoi ne montrer que le lendemain de soirée ?

L’amour est une fête cache une vraie plongée dans le milieu disparu des strip-clubs de Pigalle où les nuits folles ne semblaient jamais s’arrêter sous couvert d’une histoire à base d’un duo de flics infiltrés pour débusquer des réseaux de blanchiment d’argent. Autant dire que c’est un régal quand le film commence à rentrer dans son sujet, que le récit choral s’active et que scintillent les éclats créatifs fascinants de ce microcosme concupiscent, dommage que ça n’arrive qu’à partir de 90 minutes.

C’est la deuxième fois que Canet joue pour ce Cédric Anger après La prochaine fois je viserai le cœur, il paraît qu’il exprime des choses sous ses lunettes. Il paraît

L’amour est une fête démarre et finit en fanfare mais entre les deux, il faut se taper une heure/une heure et quart de polar français ultra-mou qui ne fait que ruminer les poncifs du genre. Nos San Antonio (Guillaume Canet, écorché vif taiseux) et Bérurier (Gilles Lellouche, ogre beauf) du jour auront beau être fringués chez Starky&Hutch, années 80 oblige, on s’en tamponne toujours autant le coquillard de savoir que le premier est un toxico d’opérette et que le deuxième galère avec son couple. Leurs problèmes sortent de nulle part, ont été vus ailleurs en mieux, ne se résoudront pas et ne feront pas évoluer leurs personnages d’un iota. Une écriture si à côté de la plaque que t’as parfois l’impression que le réalisateur et scénariste Cédric Anger préparait la comédie que la bande-annonce nous vend en même temps qu’un téléfilm policier pour TF1, qu’il s’est mangé dans l’escalier en tenant les deux scénarios et qu’il a décidé de tourner les pages du script qu’il a ramassé pêle-mêle par terre en laissant la moitié du tas au sol. Le buddy movie insipide et dysfonctionnel ne prend jamais, les scénettes semblent s’enchaîner aléatoirement (oh la filature, oh le cours de tennis) et le duo semblent même oublier entre les scènes les personnages qu’ils sont censés jouer. On passe en un instant de l’amitié virile à l’engueulade entre colocs ou alors le personnage présenté comme maniaque de la propreté se retrouve à se shooter accroché à un chiotte. Si le côté polar n’est pas ce qui intéressait le réalisateur, alors pourquoi le développer sur 60 % du film et pourquoi le faire aussi mal !

Sur le même thème en plus baroque et plus cinéphile il y a Un couteau dans le cœur, et c’est marrant combien L’amour est une fête m’a fait relativiser ce dernier. Rien à voir non plus avec le drame social Shéhérazade où proxo ne rime pas avec rigolo.

Sur la partie « bien », là non plus rien n’est parfait mais c’est déjà plus intéressant, ouf. Le sujet casse-gueule devenu carrément kamikaze après la vague metoo (le film ayant été tourné pré-Weinstein) a pour angle d’attaque de nous faire naviguer dans ce milieu ultra-libéré où le porno est aussi fun que les doudounes sont remplies. Laissant nos héros comme des révoltés du booty, ayant le choix entre les filles faciles ou la direction des finances publiques… Un monde sans sida ok, mais aussi sans conséquence, où les drogues c’est un peu des Haribo pour grandes personnes, les clopes sont en chocolat, les armes tirent toujours à côté, les cocus sont en paix et les flics sympas comme tout. Même les maîtres chanteurs, ben ils sont gentils, à l’image de Michel Fau, pas assez présent, oscillant entre l’excellence d’un Charles Manson bien baisé et le lunatique aux accents nanar d’un Jet Set 2… Dommage aussi pour les filles, une masse anonyme à la plastique généreuse et aux cris aigus dont une seule (Camille Razat, une pote à Canet) sera, si ce n’est développée, appelée par son nom. Pour autant, le parti pris était d’aller dans le sens de ce milieu sans le juger, en le présentant sous un jour sacrément positif même, et quand il le fait, le film s’amuse et nous avec. Le quart d’heure d’introduction et le tournage final (qui occupe 80 % de la bande-annonce), se permettent des saillies comiques – sans jeu de mots – façon making-off rempli d’anecdotes de tournage franchement drôle sur ce cinéma plus que bis, des petites répliques qui font mouches et qui arrivent même à parler du Ciné en général avec des trucs bien pertinents. Mais trop tard la fête est déjà finie, on n’en aura pas profité longtemps. Nos personnages regardent déjà ce jardin d’Eden se coucher.

Au final, L’amour n’est une fête qu’un tiers du temps, trop rarement comique et souvent hors de son sujet, s’il n’est pas le pire truc qui passera sur Canal + en deuxième partie de soirée, il n’est pas non plus tout à fait recommandable.

J’ai vite fait tapé Gilles Lellouche sur google en sortant de la salle, j’ai eu peur qu’il soit mort en plein tournage et que le film n’ait été monté qu’avec la moitié de ses scènes. Mais en fait non, tout y est, Lellouche devait arriver, improviser des trucs et partir du plateau.

L’amour est une fête

Est N'est pas
Un polar français tout naze avec une enveloppe intéressante sur papier
Le film vendu par sa bande-annonce ou son pitch
Dans son thème uniquement dans sa dernière partie
L'hommage le mieux foutu à cet époque (c'est Boogie Nights, même s'il se passe à L.A.)
Caricatural et pas souvent drôle
Bien écrit, les incohérences s’enchaînent en boitant
Plutôt bien réalisé et joué Exactement une oeuvre féministe
Passe quasiment à côté de son sujet / 20

20 septembre 2018
Alcide