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Mostra de Venise 2018

Le Grill à Venise : Jour 8

J’entame mes 48 dernières heures à la Mostra de Venise. Le café n’a plus d’effet sur moi alors que j’ai une journée bien chargé : pas moins de 6 films au programme dont 2 que je verrai le soir et qui seront dans l’article consacré au jour 9.

22 July de Paul Greengrass (compétition)

Netflix a donné carte blanche à Paul Greengrass pour qu’il nous raconte sa version des attentats d’Utoya et je dois dire que le résultat est plutôt bon. Le réalisateur britannique balaie assez rapidement la reconstitution des attentats pour se consacrer à son vrai sujet : montrer comment une nation peut se reconstruire après un tel drame. Pour ce faire, Paul Greengrass épouse les points de vue des différents protagonistes sans prendre parti. Le propos est plutôt bien mené même si j’ai eu l’impression à certains moments que le réalisateur de « Bloody Sunday » aurait pu étayer un peu plus son argumentation. Pour le reste, la mise en scène et la direction d’acteurs sont plutôt de bonnes factures. Seul petit regret, le film est tourné en langue anglaise, ce qui casse, parfois, l’immersion .

Les Estivants  de Valeria Bruni Tedeschi (hors compétition)

Le pitch des « Estivants » est assez simple à résumer. Une cinéaste embourgeoisée en pleine crise existentielle se rend dans la maison de campagne familiale pour écrire un film sur sur son frère décédé. Vous l’aurez compris, je me suis trouvé face à une autofiction méta mise en scène par une cinéaste égocentrée qui n’a aucun recul sur ce qu’elle fait. Quelques idées m’ont fait sourire mais globalement, j’ai cordialement détesté. Les personnages sont des caricatures insupportables et les voir se faire massacrer devant la caméra de Tedeschi procure rarement du plaisir tant les situations sont gratuites et sacrement mal amenées. J’aurais aimé dire que je suis un cas isolé mais au vu de la centaine de personnes qui ont quitté le film en cours de route et l’absence d’applaudissements à la fin de la séance, je ne pense pas que ce soit le cas.

The Man who surprised everyone de Natalya Merkulova et Alexey Chupov ( Orizzonti )

Je pensais que « The Man who surprised everyone » racontait l’histoire d’un garde forestier russe qui se découvrant atteint d’un cancer en phase terminale va décider de revêtir l’identité d’un héros légendaire de Sibérie afin d’aller botter le cul aux braconniers qui sévissent dans la taïga. Dès les premières minutes, je me suis rendu compte que j’ai compris l’histoire à l’envers. En fait, cet homme plutôt badass va se retrouver possédé par l’esprit d’une femme et commence à se travestir. Le film a le mérite d’exister mais en l’état, je dois dire que je n’ai pas du tout été convaincu par la manière dont les deux réalisateurs abordent leur propos. Le rythme est poussif, la prestation des acteurs en demi-teinte mais surtout j’ai trouvé que le sujet est traité de manière assez maladroite. J’ai eu l’impression que le dernier quart d’heure n’était là que pour s’excuser d’avoir montré à l’écran certaines exactions que subit le personnage principal. Bref, ce n’est pas l’un de mes meilleurs souvenirs du festival.

Nuestro Tiempo de Carlos Reygadas ( compétition )

Je ne vais pas vous mentir en vous disant que je suis allé voir le nouveau film de Carlos Reygadas à reculons. Trois heures du film signées par l’un des auteurs les plus radicaux du cinéma mondial, j’avais peur de souffrir. Pourtant, « Nuestro tiempo » est, selon moi, l’un de ses meilleurs films du cinéaste mexicain. Ici, Il décortique notre rapport à l’amour, aux nouvelles technologies et surtout à la notion de possession en prenant comme sujet un couple en pleine crise après l’arrivée d’un Américain dans le voisinage. Passée la première demi-heure où je me suis demandé plus d’une fois où il voulait en venir, le film m’a passionné et je n’ai pas vu les deux heures trente restantes passer. Après, le sujet n’est pas très original et Reygadas s’enfonce parfois dans des métaphores visuelles un peu balourdes mais je trouve que « Nuestro tiempo »est vraiment bien écrit et le propos m’a particulièrement touché. Après, le film a d’autres qualités (mise en scène, interprétation) mais je pense qu’à l’heure où j’écris ces lignes, il est mon favori pour le prix du scénario.

7 septembre 2018
Willard