• Par: Romain Gavras
  • Année: 2018
  • Durée: 100 min
  • Origine: France
  • 6.9
Festival de Cannes
Le Grill a aimé

Le Monde est à Toi

….Et à Gavras

En 2010, Romain Gavras, fils de Costa, signait son premier coup d’essai, « Notre Jour Viendra », un road movie aussi absurde qu’acide où deux roux s’en allaient conquérir le monde. Si le film pêchait par certaines scènes un peu trop gratuites, ce premier long-métrage laissait entrevoir le talent du jeune cinéaste français pour créer des situations décalées et des personnages en marge. Exactement, ce que l’on retrouve, avec beaucoup plus de maitrise, dans « Le Monde est à toi ».

Si la bande annonce est très mauvaise, je trouve que les affiches vendent plutôt bien le film.

Il faut dire que le pitch annonçait déjà un univers bien barré. Pour résumer l’histoire, un jeune dealer rêvant de devenir le distributeur officiel de Mister Freeze au Maghreb, décide de faire un go fast après que sa cleptomane de mère ait joué toutes ses économies. Sauf que pour pouvoir mener sa mission à bien, il ne peut compter que sur une belle équipe de bras cassés. Entre un ancien beau père complètement à la ramasse, un amour de jeunesse membre actif du gang de voleuses voilées de sa mère et deux jeunes comploteurs s’intéressant aux illuminatis, on ne peut pas dire que cela sera de tout repos.

Des personnages de cette trempe, le film en compte une bonne flopée.  Je vous laisse le soin de les découvrir en salle mais je peux vous assurer qu’ils sont tous bien écrits. Ici, Gavras ne se contente pas que d’aligner un casting de « gueules » ou d’énergumènes excentriques. Chaque protagoniste a une histoire, une personnalité qui lui est propre, des fêlures et une trajectoire bien définie. Cette richesse d’écriture permet au jeune auteur français de pouvoir tisser un univers autour de leurs interactions et de faire traverser au spectateur un véritable patchwork d’émotions.

Selon Alcide, « Le monde est à toi » ressemble pas mal aux premiers films de Guy Ritchie. N’ayant vu, du réalisateur anglais, que 10 minutes de « Snatch » et les Sherlock Holmes, je ne suis pas en mesure d’infirmer ou de confirmer ses propos.

Soyons clair, « Le monde est à toi » n’est pas qu’une simple comédie d’action loufoque. Sous couvert d’une histoire assez classique et avec beaucoup de dérision, Romain Gavras détourne certains clichés liés à la petite voyoucratie afin de donner un autre visage de ce microcosme. Le but n’est pas de dresser un bilan alarmiste sur les banlieues mais plutôt de déconstruire l’image de cet univers tout en montrant qu’une porte de sortie est possible. Pour arriver à ce résultat, le jeune réalisateur français est allé puiser du côté de la comédie italienne des années 60/70 comme « Affreux, sales et méchants » pour citer la principale référence qu’il revendique. Ainsi, nos repères moraux seront quelque peu chamboulés car les exactions que commettent les personnages sont souvent tournées en dérision afin d’aborder certains sujets graves comme le trafic de drogue, l’exploitation des migrants, les dérives des réseaux sociaux et des médias de masse. Le spectateur manquant de second degré risquera de se retrouver sur le bord de la route.

Petite pensée à M. et A. qui ont dépensé 30 euros pour le voir et qui ont détesté , désolé.

En ce qui concerne la mise en scène, il est incontestable que Romain Gavras a un univers visuel qui lui est propre. « Le monde est à toi » fourmille de petites trouvailles pop que le réalisateur avait déjà expérimentées dans ses travaux pour le collectif Koutrajmé ou les différents clips musicaux qu’il a réalisés. Si ses fans de la première heure diront que Gavras a du mal à se renouveler, il est certain que la réutilisation de certains partis artistiques contribue à créer un univers cohérent. Exemple : pourquoi a-t-il infligé au gang des Zaïrois la même coupe que les enfants dans le clip de la chanson « Gosh » ? Tout simplement pour que le spectateur comprenne en l’espace de deux scènes que ce groupe de gangsters est régi selon des règles, un code et à quel point ils sont soudés. En terme de caractérisation de personnages, on est dans du très lourd surtout que tout passe par le visuel et que cela permet de s’éviter d’interminables lignes de dialogues pour les présenter.

Reste à aborder la direction d’acteurs et je dirai juste qu’elle est de bonne facture. Pour parler des premiers de classe, Vincent Cassel et  Isabelle Adjani sont excellents dans des rôles aux antipodes de ce qu’ils ont l’habitude d’interpréter et Karim Leklou tient la dragée haute à ces deux monstres sacrés en incarnant le rôle le moins exubérant de cette bande de pieds nickelés. En ce qui concerne le reste du casting, il est plutôt bon mais certains acteurs comme Oulaya Amamra, Philippe Katerine et François Damiens interprètent des rôles qu’ils ont l’habitude de jouer. Pas un drame en soi car leurs performances collent parfaitement avec leurs personnages mais c’est juste dommage de les retrouver dans un registre qu’ils ont déjà exploré.

La bande originale est aussi éclectique que formidable. Pour moi, il s’agit de l’une des trois meilleures de l’année avec celle de « Climax » et des « Garçons Sauvages ».

Vous l’aurez compris « Le monde est à toi » est pour moi un véritable coup de cœur, je ne saurais que trop vous recommander de vous jeter la tête la première dans ce qui est, pour le moment, l’une des meilleures comédies françaises de ces cinq dernières années.

 

L’avis d’Alcide : tube de l’été

The world is yours, la phrase fétiche de Scarface se retrouve traduite avec la finesse d’une localisation au Québec : le monde est à toi annonce la couleur, ici c’est pas Miami et ses montagnes de poudreuse, c’est la cage d’escalier de la cité des pâquerettes où on vend de l’herbe avec des tickets de loto en écoutant du Balavoine. Gravas fils s’éclate avec son récit de Gangster volontairement anti spectaculaire où un looser moitié trop gentil va tenter un dernier coup pour pouvoir ensuite marcher droit. Bien sûr rien ne se passe comme prévu et les arnaques s’accumulent comme autant de rustines sur la coque d’un bateau qui coule. Toutefois là où Gravas brille c’est sur sa forme, esthétisante voire clipesque, de vrais moments de grâce ponctuent la cavale contrariée de nos antihéros plus ou moins bras cassés. Hautement impertinent, mais moins crados (et mieux rythmé) que son premier film Notre jour viendra, Gravas passe de l’humour glauque à la Dupontel à la vanne irrévérencieuse d’un Gaspard Proust dans le décor beauf cossu d’une cité balnéaire ibérique. On a donc moyen de bien se marrer sur une bande-son coolissime et un rythme qui ne faiblit pas, l’écriture étant dopée à une vision très south park de l’actualité franco-française (de la lutte anti-terrorisme à Telegram en passant par Poutine). A l’image de Cassel/Adjani à contre emploi, le film affiche une volonté de jouer avec les codes même si ce quatorzième degré risque de passer pour une blague potache aux yeux de ceux qui n’aiment pas être secoués et que dans le tas, réalité et caricature sont parfois non miscibles.

A deux doigts du culte, il semble ne lui manquer qu’un poil de comédie ou une once de gravité pour vraiment se graver en lettre d’or dans la longue vie d’un cinéphile. On invite toutefois les fans de Transpotting et de 99 francs à se jeter sur cette pellicule bien de chez nous, en espérant que le prochain Romain Gravas ne mette pas 8 ans à sortir car des comédies estivales de ce calibre sont aussi rares que précieuses.

Le Monde est à Toi

Est N'est pas
Très bien écrit même si le propos est loin d’être novateur Un énième portrait moralisateur ou spectaculaire sur la petite voyoucratie de banlieue mais plutôt un film qui détourne les clichés que ce monde véhicule.
Trés bien réalisé Totalement original Gavras s’inspire de la comédie italienne des années 60, des films de Guy Ritchie ainsi que de ses anciens travaux.
Bien joué même si certains choix de castings sont moins impressionnant que d'autres. À prendre au premier degré sinon c’est sûr que le visionnage sera délicat
Plus qu’une simple comédie d’action loufoque Oubliable, je pense même qu’il est destiné à devenir culte
Coup de cœur / 20

22 août 2018
Willard