• Par: Julien Faraut
  • Année: 2018
  • Durée: N/A
  • Origine: France
  • N/A
Documentaires
Le Grill a aimé avec réserves

L’empire de la perfection

Pris de court (de Tennis)

C’est un bien curieux documentaire que nous offre Julien Faraut, archiviste à l’Insep (Institut national du sport), à partir d’une vingtaine d’heures de rushes inédits consacrées au tennisman McEnroe à Roland Garros.

Faut dire qu’on ne s’attendait pas forcément à ce que le film s’ouvre sur une citation de Godard, qu’il nous parle de vieux systèmes de caméras ou de théorie des auteurs dans le cinéma éducatif. Le réalisateur s’est penché sur le travail de Gil de Kermadec, qui dans les années 60, pour promouvoir son sport, a réalisé « Les Bases techniques du tennis » puis toute une série de reportages sur les grands tennismen de son temps lors des deux décennies qui vont suivre. D’un charme désuet entre Chaplin et Jacques Tati, ses films se sont peu à peu transformés en de véritable ovni taillés pour capter les mouvements du sportif de haut niveau et lui seul dans la perfection de ses gestes et le carmin de la terre battue. L’empire de la perfection s’attache donc dans sa première moitié à nous expliquer par le menu toute la démarche pédagogique puis perfectionniste et involontairement artistique de ce Gil de Kermadec lorsqu’il focalisait son objectif sur McEnroe. L’acte de filmer, même dans un but qui n’est pas celui de raconter une fiction, entraine ainsi une passionnante réflexion sur le cinéma, d’autant plus qu’elle est totalement inattendue.

Entre Les garçons sauvages, Ma fille, Ultra Pulpe et Diamantino, on commence à tomber sérieusement amoureux de UFO distribution.

L’empire de la perfection bascule ensuite véritablement sur l’étude de Mc Enroe, le champion irascible et brillant incarné récemment par Shia Labeouf dans Borg/McEnroe et qui n’est pas sans évoquer les biopics récents sur des sportifs aussi exceptionnels qu’ambivalents (The Program sur Lance Armstrong ou Moi, Tonya sur Tonya Harding). Filmé comme une bête curieuse, le tennisman est analysé dans ses gestes et son attitude pour aboutir à la conclusion déjà connue qu’il avait avec son sport un rapport pas loin du sado-masochisme. Certaines séquences où il s’engueule avec tous les arbitres possibles sont légèrement redondantes, d’autres centrées sur son jeu sont à couper le souffle.
L’empire de la perfection, en s’intéressant tout autant à l’observateur (l’illustre inconnu Gil de Kermadec et son projet minutieux à l’extrême) qu’à son sujet (McEnroe au sommet de sa forme), transcende le reportage pour devenir une expérience à part. Reste que l’on sent malheureusement les circonvolutions parfois capillotractées pour placer Roland Garros à tout prix à côté d’hollywood, le montage qui a un peu trop visiblement Godard pour maître à penser – ce qui aurait pu être pire, soyons franc – et la bataille pour arriver au format princier de 90 minutes, ce qui pour un film qui insiste sur à quel point il est important pour un tennisman de gérer la durée de ses échanges, est presque ironique.

Retour sur un problème d’image(s).

En fait L’empire de la perfection m’a fait penser au travail d’Arnold Odermatt, un photographe suisse qui a travaillé dans la police de 1948 à 1990 et qui a pris des milliers de photos d’accidents de la route et d’incendies dans le cadre de son métier. A l’orée des années 2000, il a commencé à faire le tri dans ses clichés et s’est rendu compte de la valeur artistique de certains d’entre eux. Sorti de tout contexte, une voiture sur le côté comme un gros insecte sur sa carapace à deux pas du lac Léman donne un cliché assez unique, et il a été exposé dans le monde entier. L’empire de la perfection c’est un peu ça, Julien Faraut fait ressortir le potentiel artistique, poétique et même cinématographique d’une série d’études sur le mouvement des sportifs. S’il rame pour tenir sa durée, le projet mérite néanmoins clairement le coup d’œil.

L’empire de la perfection

Est N'est pas
une réflexion fascinante tout autant sur le sport que le cinéma
sans (beaucoup trop) de longueurs et de répétitions
fait par un passionné et ça se sent
que pour les fans de tennis (qui l'apprécieront un peu plus quand même)
rempli d'images inédites sur un sportif de légende
que pour les fans de cinéma (qui l'apprécieront un peu plus quand même)
très original, dans ses ambitions et sa forme vraiment classable quelque part
J'ai jamais autant été fasciné par un mec en short / 20

10 juillet 2018
Alcide