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Mostra de Venise 2018

Le Grill à Venise : Jour 6

Pour mon sixième jour à Venise, je ne peux pas nier que j’ai bien été dépaysé. Entre un portrait romancé sur les plus grands peintres du 19ème siècle, une lente descente aux enfers avec Mel Gibson comme guide, un curieux film français, une balade sur les routes de Chine et le retour de Laszlo Nemes, j’ai plutôt été gâté.

At Eternity’s gate de Julian Schnabel ( Compétition Officielle)

L’artiste Julian Schnabel décide de revenir au cinéma en rendant hommage à Vincent Van Gogh. Ce n’est pas le premier à le faire, surtout en ce moment, mais sa tentative d’approche a le mérite d’être intéressante. Julian Schnabel ne cherche pas à faire une hagiographie du peintre mais plutôt un portrait romancé afin de comprendre l’essence de son talent. Pourtant, je n’ai pas été emballé par le film. Je trouve que le réalisateur exploite mal son angle d’attaque et de ce fait, le long métrage ne nous apprend rien de plus sur la vie et l’oeuvre du peintre. De plus, le dispositif m’a énormément fait penser au « Scaphandre et au papillon » et ça m’a sorti du film. Reste que j’ai trouvé la photographie sublime et que Willem Dafoe est un excellent Vincent Van Gogh.

Dragged across Concrete de S. Craig Zahler (Hors compétition)

J’attendais fort le nouveau film du réalisateur de « Bone Tomahawk » et de « Section 99 » et je dois dire que j’ai été plutôt désarçonné par ce que j’ai vu. « Dragged across concrete » n’est pas un polar bourrin. Le réalisateur américain se réinvente en livrant un gros film choral de deux heures quarante sur la préparation d’un braquage qui va mal tourner. Je tiens à vous prévenir, le film est lent, manque parfois de rythme et il est plutôt avare en scènes d’action. Ce qui intéresse S. Craig Zahler, c’est d’épouser les points de vue de certains des protagonistes de cette sordide affaire. En ce sens, j’ai trouvé que le film s’apparente à un « short cuts » du film de braquage ponctué par de grands moments d’humour noir. Je reconnais que certains auront du mal à tenir les deux heures quarante du film, surtout si comme moi, ils choisissent de voir le film en deuxième partie de soirée, mais le scénario est tellement bien écrit que j’ai réussi à rester éveillé. De plus, Mel Gibson trouve ici l’un de ses meilleurs rôles depuis quelques années. J’espère donc qu’il sortira assez vite dans nos contrées.

Bêtes blondes de Maxime Matray et Alexia Walther ( Semaine de la critique)

Produit par Emmanuel Chaumet, le mécène des films de Bertrand Mandico, « Bêtes blondes » est un film sacrement barré. Pour résumer l’histoire, une ancienne vedette de sitcom amnésique et alcoolique va croiser la route d’un militaire, qui, dans un coup de folie, a volé la tête de son amoureux décédé. Pendant 100 minutes, je me suis laissé embarquer par ce labyrinthe absurde et totalement désinhibé. C’est drôle, poétique, trash mais surtout plutôt touchant. Je regrette juste que le film manque parfois de rythme et qu’il y ait quelques facilités d’écriture mais le résultat est vraiment bon. Il sera distribué par UFO et il devrait sortir début 2019 sur les écrans français.

Jinpa de Pema Tseden ( Orizzonti)

Un chauffeur routier rencontre sur une route déserte un mystérieux étranger qui porte le même prénom que lui. Tel est le pitch de Jinpa, un mystérieux film chinois produit par Wong Kar-Wai. Le film traite des thèmes de la culpabilité et de la vengeance. Le film n’apporte rien de nouveau sur ces thèmes et contient une bonne grosse demi-heure de trop. En l’état, il dure 95 minutes et je pense qu’il aurait pu être plus efficace sur le format d’un moyen métrage. Après, je dois bien reconnaitre que la mise en scène est de grande qualité et que la photographie est à tomber par terre.

Sunset de Laszlo Nemes ( Compétition Officielle)

Je vais être honnête avec vous, je ne sais pas trop quoi penser de la nouvelle oeuvre de Laszlo Nemes. Si je reconnais que j’ai été plutôt intrigué par cette histoire de jeune femme qui part à la recherche de son frère dans le Budapest des années 1910, j’ai quand même quelques grosses réserves. Le réalisateur hongrois reprend quasiment le même dispositif que le « Fils de Saul » (caméra proche de la tête de l’héroïne). Certes, ce choix est justifié par le propos qu’il veut véhiculer au travers de son film sur la décadence de la société hongroise à la veille Première Guerre mondiale mais malheureusement, le procédé est beaucoup moins maîtrisé que dans son précédent long métrage. Outre le fait que certains plans m’ont fait cruellement penser au «  Fils de Saul », Nemes tombe dans certains pièges qu’il avait pourtant évités dans sa première œuvre : quelques déplacements injustifiés de l’héroïne afin de montrer une action et quelques facilités scénaristiques grossières pour faire avancer l’intrigue. À côté de ces défauts, le film m’a tenu en haleine de bout en bout et je ne serai pas surpris qu’il se retrouve dimanche soir au palmarès. En tout cas, son actrice principale Juli Jakab est pour moi l’une des favorites pour le prix d’interprétation féminine.

6 septembre 2018
Willard