• Par: Steven Spielberg
  • Année: 2018
  • Durée: 140 min
  • Origine: USA
  • 7.6
Le Grill a aimé

Ready Player One

En 2045, pour échapper à la triste réalité du monde, les êtres humains se sont réfugiés dans l’OASIS, un univers virtuel mis au point par le brillant scientifique James Halliday. A sa mort, une compétition planétaire est organisée afin de retrouver l’Easter Egg qu’il a caché dans l’OASIS. L’heureux gagnant sera récompensé d’une immense fortune et du contrôle de cet univers virtuel.

Ready Player One est l’adaptation du best-seller écrit par Ernest Cline publié en 2011. L’auteur affirme que l’œuvre de Steven Spielberg a été l’une de ses plus grandes sources d’inspiration de son roman, « son œuvre coule dans mes veines, ses films ont fini par inspirer de nombreux aspects de l’intrigue et de mon style de narration, et on en trouve des indices évidents tout au long du livre. » Par souci d’humilité, le réalisateur minimisera les références à sa filmographie, déclarant qu’il préférait retirer toutes mentions de ses films dans l’adaptation au cinéma.

Les droits cinématographiques ont été achetés par Warner Bros le jour même de la vente du livre. L’auteur Ernest Cline sera engagé par la suite comme scénariste avant que Steven Spielberg ne signe en tant que réalisateur. Initialement prévu pour la fin de l’année 2017, le film est repoussé à mars 2018 pour éviter toute compétition avec Star Wars Les Derniers Jedi. Durant la longue post-production du film, nécessitant de nombreux effets visuels, Spielberg tournera, dans un autre genre, le très réussi Pentagon Papers, qui sortira quelques mois avant Ready Player One.

Le légendaire compositeur et fidèle de Steven Spielberg, John Williams cède ici la baguette au tout aussi mythique Alan Silvestri. Ready Player One est donc l’un des rares films de Spielberg sans Williams avec La Couleur Pourpre (1985) et Le Pont des Espions (2105). Sa bande originale est aussi endiablée que le film, et le  compositeur se prête également au jeu des références musicales sur certaines scènes clefs. Une belle réussite en somme.

Côté casting, Ready Player One marque la 3ème collaboration entre Steven Spielberg et Mark Rylance après Le Pont Des Espions et Le Bon Gros Géant. Le comédien britannique incarne ici le milliardaire James Halliday. Le jeune Tye Sheridan (Tree Of Life, Mud et Joe) endosse le rôle principal ; le héros Parzival tandis qu’Olivia Cooke (Bates Motel) joue son alter ego féminin. Ben Mendelsohn (Rogue One, Les Heures Sombres), rejoint le casting pour y interpréter le méchant du film.

Les références à la pop culture des années 80-90 sont nombreuses, si certaines sont clairement identifiables, d’autres sont beaucoup plus subtiles. Il faut être attentif à l’écran. Sans spoiler, on peut notamment citer Jurassic Park, King Kong, Le Géant de Fer, Le Seigneur Des Anneaux, Retour Vers Le Futur, Batman, Mad Max et j’en passe. L’auteur Ernest Cline est très attaché à cette époque. Il s’explique : « James Halliday a conçu son jeu à partir de ses goûts, et ça m’a beaucoup enthousiasmé parce que je me suis dit que ses passions pouvaient refléter les miennes. »

Avec Ready Player One, Steven Spielberg enrichit sa filmographie de manière impressionnante. Il accompli des prouesses en matière d’innovations techniques. Le spectateur est littéralement plongé dans l’univers fantastique de l’OASIS. Pour accentuer le contraste entre les mondes virtuel et réel, Spielberg a filmé les scènes se déroulant dans l’OASIS en numérique tandis que les scènes du quotidien ont été tourné en 35 mm.

Le cinéaste se concentre sur les personnages et l’histoire, plaçant la technologie au service du film et non l’inverse. Spielberg a pu utiliser la réalité virtuelle en portant un casque, lui permettant d’entrer dans les décors numériques, de se représenter les acteurs comme leurs avatars et ainsi décider des angles de prises de vue et de la façon de tourner les scènes.

L’une des premières séquences du film est une course poursuite dantesque dans un New-York virtuel. L’expérience est à vivre en 4DX pour savourer pleinement le moment. Effets garantis. Le long métrage est une véritable révolution et en devient spectaculaire à souhait. L’ensemble est formidablement mis en scène, Spielberg s’est carrément amusé et a su garder son âme d’enfant. Les thématiques abordées (transmissions de valeurs, liberté de choix et engagement politiques) sont encore une fois les moteurs de chacun de ses personnages.

Si le message du film demeure relativement simpliste ; le réel est mieux que le virtuel, il en résulte tout de même un constat désolant sur une vérité d’un monde où les humains, en pleine addiction,  préfèrent se réfugier dans un univers virtuel et sans contraintes. Le fait de vivre par procuration permet à ces êtres déshumanisés de fuir leurs problèmes. Ils refusent leurs propres réalités en se cachant derrière des avatars. Est-ce un mal pour autant ? Le débat est peut-être lancé. Ce qui compte avant tout à mon sens est le spectacle proposé par le grand Steven. Je n’ai pas ressenti une telle expérience cinématographique en termes d’exploitation de la technologie pour un film depuis Avatar de James Cameron.

Ready Player One montre que Steven Spielberg est tout simplement un génie. En renouant avec la science-fiction, il exploite les nouvelles technologies pour livrer un spectacle visionnaire jonglant avec virtuosité entre le réel et le virtuel. Un film novateur et immersif. Du grand cinéma !

L’avis d’Alcide 

Je ne vais pas m’amuser à dire que Ready Player One est un mauvais film, c’en est même très loin, mais l’hommage absolu à la pop culture des années 80-90 qui gravitait à un degré ou à un autre autour de la filmographie de son réalisateur et celle de son écurie (Zemeckis, Colombus, dreamworks) fait que Steven Spielberg passe quand même le plus clair de son film à contempler l’héritage de Spielberg Steven. La boucle est bouclée ou le chien court après sa queue ? Je ne sais pas trop.

Ces scènes où une nouvelle génération fantasme sur les souvenirs de ses aînés est un peu symptomatique de ce qui m’a dérangé dans les thèmes abordés : les références “doudou” c’est sympa, mais chercher à les dépasser c’est bien aussi.

Dans un monde futuriste où tout le monde vit dans un fantasme de cabanes dans les arbres et dans un jeu de réalité virtuelle, cinq goonies partent à la chasse au trésor contré un méchant machiavélique de cartoon. Ça fourmille de références avec un angle d’attaque, le jeu dans le jeu, bien plus pertinent que le Pixel de Chris Colombus par exemple. Certains hommages sont très bien utilisés : la deuxième épreuve que nos héros affrontent notamment, mais le tout repose en trop grande partie sur le prérequis que le spectateur sait de quoi on parle, non seulement esthétiquement parlant quand des battletoads partent combattre avec masterchief, mais aussi du point de vue du scénario lorsque les héros prépubères vivent les mêmes aventures que les œuvres que le film référence. Ready Player One aboutit alors à un simple reskin, une couche de peinture à la fois fraîche et rétro sur un type de film déjà vu cent fois où dans un vague canevas de passage à l’âge adulte notre équipe va découvrir l’amitié, l’amour et vivre des aventures palpitantes contre des grandes personnes dans une évolution à peine développée. Mais ça passe car le spectateur sait à quoi s’attendre, mais c’est dommage car le spectateur sait justement exactement à quoi s’attendre… en somme, le film convoque toutes les créations les plus originales qui ont faites l’enfance des trentenaires aux quinquagénaires d’aujourd’hui pour n’en devenir qu’une redite sur le fond et la forme. L’île aux enfants de Steven a beau être passé à la 4DX, elle semble souvent faire du sur place sous l’emprise du syndrome de Péter Pan.

5 avril 2018
Callahan