• Par: Paolo Sorrentino
  • Année: 2015
  • Durée: 124 min
  • Origine: Italy, France, UK, Switzerland
  • 7.3
Festival de Cannes
Le Grill a aimé

Youth

Paolo, tu seras toujours dans mon coeur

Film vu dans le cadre du 68ème festival de Cannes, critique à chaud en sortant de la salle ici. Il sortira sur nos écrans le 9 septembre.

Le film raconte l’histoire de deux amis approchant de leurs quatre-vingts ans et qui décident de passer leurs vacances dans un bel hôtel autour des alpes. Le premier Fred est un compositeur et chef d’orchestre célèbre cramponné à sa retraite et refusant toute proposition alléchante qui se présente à lui. Le second Mike est un réalisateur qui a une solide réputation et qui s’attelle avec de jeunes scénaristes à l’écriture de son prochain film. Ils vont essayer ensemble de profiter de leurs derniers instants, tout en faisant un point sur leur vie respective.

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Alors, je sais que le pitch est d’une banalité affligeante et pour tout vous dire, le fil narratif (car avec Sorrentino on ne peut pas vraiment prononcer le mot histoire) n’est pas plus évolué mais si vous connaissez le cinéma atypique de son réalisateur, vous savez que l’intérêt de Youth est autre. Dès la scène d’ouverture, rythmée par une reprise flamboyante de You’ve got the love de Candi Staton, le cinéaste transalpin nous emporte encore fois dans le tourbillon de ses obsessions. La vieillesse, le temps qui passe, la célébrité éphémère mais aussi l’art et le rapport de l’artiste avec son œuvre sont les principaux thèmes de cette comédie humaine (ou plutôt dramedie, tout dépend votre perception des choses). Ce qui fait que le film est, selon moi, l’une de ses œuvres les plus personnelles mais aussi la plus accessible.

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Bien sûr Youth n’arrive pas à recréer l’ambiance magique de la Grande Bellezza (en même temps en délaissant la beauté romaine pour le calme alpin il ne pouvait en être autrement) mais la beauté des plans est encore une fois saisissante, créant des instants de grâce qui resteront gravés dans l’esprit du spectateur. Bien sûr, je n’affirme pas que tout le monde puisse être sensible à l’esthétique de ce film, car Sorrentino affirme son goût pour la grandiloquence outrancière, toujours à la frontière du mauvais goût mais sans toutefois la franchir. Je ne dis pas non plus que vous adhérez tous aux dialogues un peu trop écrits mais somptueux qui font le style du cinéaste italien.

Youth, cinématogrill, Sorrentino

Mais, il est impossible de nier que le réalisateur des “conséquences de l’amour“, n’excelle pas avec ce film sur son point fort, celui de confier des personnages hauts en couleur à de grands acteurs. Dieu sait à quel point, Michael Caine sublime son personnage, il arrive à nous toucher autant qu’il nous fait rire et montre à quel point la compétition pour le prix d’interprétation masculine était très serrée cette année. Entre un Harvey Keitel en vieux cinéaste au mode de vie quelque peu rock’n roll, Rachel Weisz en fille délaissée et en proie à des désillusions sentimentales, Paul Dano en acteur en pleine réorientation de sa carrière et Jane Fonda qui fait une apparition en diva du grand écran, complètent ce qui est selon moi l’un des castings les plus brillants et complémentaires de l’année 2015.

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Pour autant, une curieuse sensation me traversa à la sortie du palais du festival, celle d’avoir recroiser les obsessions et caractéristiques des personnages de Jep, Guido et Sabrina et de revivre leur cheminement au travers de leurs personnages. Car, je ne peux vous le cacher que Youth est le remake anglo-saxon inavoué de la “Grande Bellezza”. Les amoureux du chef d’œuvre de Paolo Sorrentino en ressortiront déçus et frustrés (même si personnellement j’ai quand même passé un bon moment) mais je pense que ceux qui découvriront le cinéaste au travers de cette oeuvre pourront être séduit. Car, il n’est pas le pire film présenté du festival de cannes 2015, comme le disent si bien les Cahiers du cinéma et certains blogueurs chevronnés (car, soyons sérieux, celui qui me dira que « Marguerite et Julien » est meilleur que le dernier Sorrentino, est soit fou soit de mauvaise foi) mais un beau moment de cinéma qui touchera les spectateurs sensibles à un cinéma de personnages aussi légers que sensible.

 

Youth

Est N'est pas
Le Remake anglo-saxon (inavoué) de la grande Bellezza
Pour ceux qui n’aiment pas le style Sorrentino
Porté par un casting exceptionnel, avec un fabuleux Michael Caine en tête de gondole
La meilleure oeuvre de son réalisateur
(Encore une fois) doté d’une mise en scène sublime
Le pire film du dernier festival de Cannes (dois-je encore prononcer le nom de celui qui m’a fait tant souffrir ?)
Le film le plus accessible de Paolo Sorrentino mais cela n’engage que moi Un chef d'oeuvre mais un de ceux qui nous touche autant qu’il nous divertit et c’est le principal, non ?
Un bon moment de cinéma / 20

7 septembre 2015
Willard