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Et la tête du monsieur elle fait SPLASH ! (les films d'Horreur)Le Grill a aimé avec réserves

10 Cloverfield Lane

Elle est où la grosse bêbête ?

 

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On ne peut pas qualifier sans réserve ce film de suite, mais les interviews de J.J. indiquent qu’il se passe dans le même univers que Cloverfield. Reste à savoir si l’on se dirige vers un troisième épisode venant lier les deux films ou alors si les Cloverfield seront une série d’anthologie composée d’histoires distinctes.

Cloverfield c’est le film qui a posé J.J. Abrams au ciné. Certes il n’était que producteur mais son aura planait sur tout le projet, de l’initiative du projet aux clins d’œil à Lost en passant par son nom en gros sur l’affiche. Pour rappel c’était une campagne de pub ultra virale et intrigante pour un film de monstre en found footage, une première pour un genre qui se distinguait jusque-là par ses budgets minimes (blair witch par exemple a couté 60.000 dollars, Cloverfield 25 millions). Du coup quand 10 Cloverfield Lane a été annoncé, comme ça dix ans plus tard avec un lien plus que ténu avec le premier film, j’ai eu l’impression que :

  1. Pendant une pause-café, un producteur s’est rendu compte que le bureau sur lequel il a posé son gobelet était branlant quand une tache ovoïde de ladite boisson se forma sur sa chemise Gucci blanc cassé collection été. Il plia le papier qu’il avait entre les mains dans l’idée de caler le pied court sur pattes mais, surprise, il remarqua en se baissant qu’un cahier abimé et poussiéreux avait déjà servi à cet effet. Prenant avec dégout le manuscrit qui se décolla du sol avec un bruit de succion, le producteur examina sa trouvaille tandis qu’un rayon de lumière frôla le papier jauni. Il étouffa un cri. La couverture affichait : Cloverfield 2
  2. Bad Robot Productions avait acheté un scénario de science-fiction où une jeune fille se réveille après un accident dans un bunker géré par un homme inquiétant lui annonçant qu’elle ne doit pas sortir, une catastrophe ayant eu lieu à l’extérieur. Mais comme ça fait quinze ans qu’il était dans les cartons, fallait en faire quelque chose pour pas en perdre les droits et dans une séance de brainstorming intense où l’on a proposé deux reboot et trois remakes, on a émis l’idée de rattacher ce scénario au premier Cloverfield.

On ne saura jamais (en fait si, c’est complétement la seconde solution).

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J’imagine bien un Cloverfield 3 : Saint-Cloverfield qui serait un film d’époque racontant l’ascension sociale d’un jeune homme sur Paris à la belle époque sur fond de drame social et d’invasion alien.

Qu’est-ce que ça vaut alors ? Et bien j’ai vraiment bien aimé.

Le scénario bénéficie d’une belle écriture, le bunker aménagé dévoile peu à peu ses mystères sous le dictat de John Goodman, ogre adepte de la doctrine survivaliste – et du plan en contre-plongée –  qui, à la manière des scientifiques du premier film, semblait se douter que quelque chose allait arriver. Encore une fois les réponses sont rares et une foule de questions habitent le spectateur brûlant de capter tous les détails se nichant dans cette histoire de séquestration/survie à des lieux du post-apocalyptique habituel. Mary Elizabeth Winstead (Ramona :Flowers ! Non, tu vois pas ? Je suis le seul à avoir vu Scott Pilgrim ?) apporte comme à son habitude un côté « vrai » à son personnage avec son jeu façon madame tout le monde. De même le troisième compère interprété par John Gallagher Jr. présent dans un de mes crush indé de ces dernières années : Red State, achève de donner au film ce côté fin du monde pépère un brin redneck lui conférant une atmosphère parfaitement unique. Le huis clos est efficace, alternant des vraies scènes de tension à des passages plus légers de cette vie en communauté sans trop de temps morts. Il y a même Damien Chazelle (Whiplash, La La Land) parmi les scénaristes, comme quoi tout arrive.
Puis vient le dernier acte accumulant une à une toutes les tares du blockbuster aseptisé hollywoodien, recyclant des idées vues dans cinquante autres séries B bourrines…

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En fait tout me va jusqu’à un “Cloverfield Apocalypse révélation 3D”

Tout ça pour dire que 10 Cloverfield Lane, et son réalisateur sentant bon le futur yes man, est en quelque sorte un faux film indépendant à travers la plus grande partie de son intrigue reposant sur les relations entre trois caractères bien trempé ne se faisant que très modérément confiance rattrapée par les gros sabots du flot ininterrompu d’effets spéciaux sur fond vert dans ses dernières minutes.

En tant que film de science-fiction, il se débrouille correctement par une foule de bonnes idées qui peinent quand même à tenir son format d’une heure cinquante-cinq. Pour changer, le format proche d’une heure d’un épisode de la twillight zone aurait été idéal pour cette histoire affichant à raison son amour pour la bonne SF des années 70-80.

En tant que suite, ou du moins en tant qu’œuvre connecté à Cloverfield, 10 Cloverfield Lane est un cas particulièrement intéressant. En s’éloignant totalement de la forme du premier il offre un second niveau de lecture en ce que l’on va chercher le rapport avec la créature qui rase New-York, a priori pendant que nos amis sont dans leur bunker. Et si le final m’a semblé hors de propos en reniant l’ambiance du reste, il a pour lui d’être particulièrement explicite sans pour autant être exhaustif. Certains aimeront, d’autres regretteront ce qui en substance cristallise le principal problème du projet : Cloverfield premier du nom était bien meilleur pour entretenir un mystère jusqu’au bout.

PS : Pour ceux qui se posent la question, c’est là au bout du lien !

 

10 Cloverfield Lane

Points forts Points faibles
Une suite/spin off qui joue intelligemment sur ce que l’on sait du premier épisode Sans temps morts, le format de 2h sent parfois le remplissage
Bien mené dans sa partie huis clos où une menace sourde pèse Au niveau du premier du coup, mais les deux films sont tellement différents qu’il est difficile de les comparer
Une approche du post-apocalyptique originale et maitrisée Une suite classique, on passe du film catastrophe avec un monstre géant en found footage à un huis clos quasiment qu’en plan fixe s’étalant sur plusieurs jours
Avec John Goodman en grande forme, entre l’infirmière de Misery et un son rôle de vétéran du Big Lebowsky Réussi jusqu’au bout, le dernier acte m’a laissé perplexe, trop explicite et « Hollywoodien » pour un film qui jouait jusque-là la carte de l’originalité et de la sobriété
C'est une suite ? Non, c'est un Spin Off ? Non, c'est une adresse postale ! / 20