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Le Grill a aimé

Creed

Steak & Cheese

Il y a des films qui sont des idées à la con. Prenez la saga Rocky, tout était dit avec le sixième épisode, parfait écho au premier. Écris et filmé par Stallone lui-même, revenant au mélange de drame social et de récit épique sur un paumé qui a la rage, la véritable niack qui le propulse au sommet, le thème central de la saga bien plus que la boxe. Salué par la critique – à raison – on se demande alors pourquoi faire ce Creed ?

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Stallone est bien placé dans ma liste perso des acteurs que je ne peux pas détester quel que soit le nombre de navet que sa filmographie compte.

Ça c’était en gros mon état d’esprit en rentrant dans la salle, pace qu’à la sortie force est de constater que non seulement Creed est bon, a tout capté de ce qui fait l’essence d’un Rocky, et se paye même le luxe de se hisser à la hauteur des meilleurs entrées de la saga tout en gardant un style et une réalisation 100% personnelle. Aujourd’hui je ne parle pas d’un film, mais d’un petit miracle.

La série des Rocky est assez unique en soi, comme les Rambo on a tendance à oublier que les épisodes originaux sont des drames pur jus doublés d’analyses pas si bêtes que ça sur certains aspects de la société américaine (les banlieusards paumés qui ont perdu de vue le rêve américain pour Rocky, l’Amérique tentant d’oublier le Vietnam et ses vétérans pour le deuxième) avant de se tourner vers des films beaucoup plus bourrins dès le deuxième opus. Pour Rocky par exemple, on retient surtout Eye Of The Tiger, la musique du III, pur produit des années 80 ringardisé en un rien de temps (même s’il demeure sympa à voir, malgré une esthétique plus que douteuse) alors qu’il n’est pas vraiment représentatif de la saga.

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Ok, Stallone en lice pour l’oscar du meilleur second rôle ça fait bizarre, mais allez voir le film avant d’émettre un avis !

Rocky est un pur double cinématographique de Stallone, racontant ses débuts difficiles dans le un, son come-back après une traversée du désert dans le six. Rocky et Sly on vieillit en même temps, la saga est une véritable chronique générationnelle où l’on suit la vie d’un homme sur quarante ans.
Du coup ici la première bonne idée du film est de ne pas faire un Rocky 7, mais une suite proche dans l’esprit d’un spin-off. En effet on suit Adonis Johnson, fils du légendaire boxeur Apollo Creed, mort peu avant sa naissance (il est tué au début de Rocky IV par un Dolph Lundgren incarnant deux mètres vingt de menace communiste dopée aux stéroïdes ; film de propagande ? Pas du tout ma bonne dame, pas du tout). Adonis vit donc dans le luxe à L.A. mais il sent au fond de lui que son avenir ne se fera pas à un bureau mais sur le ring à la force de ses poings, il claque tout et part s’installer à Philadelphie dans l’espoir d’être entrainé par Rocky, meilleur ennemi de son père. Rocky accepte (heureusement, sinon il n’y aurait pas eu de film) et coach le gamin façon « old school » pour en faire un champion.

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Voir au casting Tessa Thompson, déjà à l’affiche de Dear White People et Selma, m’a fait penser que Creed se rapprocherait d’une version blacksploitation de Rocky, mais pas vraiment au final.

Ici Rocky est le mentor, parfait dans son rôle de dinosaure déphasé, un champion à l’ancienne drôle, tendre, humain. Souffrant de la mort de sa femme et comptant ses amis encore vivants sur les doigts d’une main, tenant bon pour briller une dernière fois à travers son poulain. Les Razzies award l’ont nominé au prix du repenti (ce qui est mérité, car du plomb dans la tête et Expendables 3, c’était quand même de la daube de compétition) et les oscars au meilleur second rôle, ils ne se sont pas trompé. Stallone rappelle qu’il n’est ni un parvenu, ni un mauvais acteur, ce que sa carrière d’action man avait largement mis de côté.

Quant à la relève, Michael B. Jordan assure et fait pas semblant. Il est parfait dans son rôle de jeune adulte qui se cherche, sa relation avec Rocky à la limite du père de substitution est crédible au possible. La confrontation des quartiers cossue de Los Angeles contre la Philadelphie populaire fonctionne sans trop en faire. La patte indé du réalisateur (Ryan Coogler, d’ailleurs ayant été engagé pour Black Panther, le futur Marvel) faisant ressortir des petits détails très tranche de vie, rajoutant comme un supplément d’âme au film dans sa mise en images de « Philly », la Philadelphie populaire où avant d’être champion du monde, Rocky est avant tout une figure locale.

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En voyant La Rage au ventre l’année dernière, je m’étais demandé si les films de boxe n’étaient pas tous destiné à se scléroser en se calquant tous sur le même modèle, et au final c’est le dernier-né de la série la plus populaire dans cette catégorie qui va lui insuffler une nouvelle jeunesse.

Bon, un gros plan sur un sandwich steak & cheese c’est bien, un bon gros combat qui te colle à ton siège c’est mieux. Peu nombreux (deux et demi, à quelque chose près), les matchs envoient tout de même du très lourd (enfin du poids moyen plutôt). Entre deux rounds filmés en plan-séquence immersif au possible et le grand duel final épique à souhait, le silence s’est fait dans la salle bondée où j’étais. Mais c’est là aussi le seul vrai reproche que je fais au film, les rebondissements du dernier match sont trop calqués sur le modèle des premiers Rocky, empêchant une véritable surprise pour le fidèle de la saga, peut être le seul moment où le film échoue (à moitié) à trouver le bon ton entre son appartenance aux Rocky et sa volonté de proposer quelque chose de neuf avec ce fils qui se bat contre le fantôme de la légende du père absent.

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Creed est le premier film sur la boxe à prendre des vrais boxeurs comme adversaire. Deux constatations :
– il est loin le temps de Rocky 1 où Stallone n’avait pas cherché à boxer et faisait globalement n’importe quoi sur le ring.
– comment ça se fait que c’est le premier film à penser à ça ? Non seulement ça fonctionne à merveille et en plus la présentation de chaque adversaire via des tableaux de leurs performances ou de faux spot de pub donne est juste une très bonne idée !

L’équilibre, le dosage juste, c’est ça qui fait la grande force de ce Creed issu de l’ADN de la saga Rocky tout en étant se forgeant son identité propre par bien des aspects. Creed est un feel good movie, solaire et convaincant jusqu’au bout, méritant que le public dépasse ses appréhensions face à l’image bourrine qu’il s’est fait d’un film de Stallone pour découvrir une des meilleures surprises de ce début d’année.

 

Creed

Est N'est pas
Un excellent film dans le monde de la boxe Bourrin, l’alchimie particulière des Rocky est là
Le digne héritier des Rocky, reprenant les codes de la saga tout en restant original La suite de trop, contrairement à ce dont j’étais persuadé depuis son annonce
La meilleure prestation de Stallone depuis longtemps (Rocky 6 peut être) Un film pour qui la colonne « n’est pas » me sert à lister ses défauts
Un duo réalisateur-acteur entre Coogler et Jordan qui fonctionne exceptionnellement bien Ultra-surprenant dans son dénouement pour qui connait bien les autres films de la série
Incline toi devant une (nouvelle) légende / 20