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A Star Is Born

Bradley Cooper interprète une star de country sur le retour ; Jack. Son personnage va croiser celui de Lady Gaga qui campe ici une jeune chanteuse débutante ; Ally. Cette dernière verra sa carrière propulsé sur le devant de la scène en devenant une star adulée par le public tandis que Jack vivra de plus en plus mal son propre déclin.

A Star Is Born est la première réalisation du comédien Bradley Cooper. Non seulement devant et derrière la caméra, il a également co-écrit le scénario mais aussi certaines des chansons interprétées dans le film par lui et Lady Gaga. L’implication de l’acteur se fait ressentir tout au long du film, il a clairement repoussé ses limites avec un projet d’ampleur, à la fois spectaculaire, pertinent et actuel. Après avoir tourné et appris auprès de grands réalisateurs (David O. Russel, Clint Eastwood, Todd Phillips et Derek Cianfrance), Bradley Cooper s’est senti capable d’endosser la casquette de metteur en scène. A croire qu’il avait un talent qui frémissait en lui depuis des années et qu’il était enfin prêt à livrer un spectaculaire premier essai.

Quatrième relecture d’Une Etoile Est Née, la version 2018 révèle ce que c’est que d’être une star ou une étoile montante dans la musique à l’heure actuelle. Le réalisateur prend toutefois soin d’éviter de transformer son film en une dissertation sur le star-système mais privilégie les émotions qui se cachent sous le glamour et les paillettes. Il arbore ainsi l’aspect mélo-dramatique développé en 1983 dans Honkytonk-Man, réalisé et interprété par Clint Eastwood, un film assez méconnu que je recommande vivement à tous ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

La sincérité de chacun des interprètes est mis en avant par le fait que tout ce qui est chanté dans le film est en direct, pas de pré-enregistrements ni de playbacks. Comme le souligne Bradley Cooper ; “Chanter, c’est faire preuve d’une incroyable honnêteté : impossible de cacher quoi que ce soit”. L’immersion dans les scènes de concerts est si électrisante que le spectateur ne peut se sentir exclu de cet univers mais au contraire il en vient à se sentir partie intégrante de l’histoire. L’authenticité du long métrage est d’autant plus crédible qu’il a été tourné dans de véritables salles de concerts et scènes de festivals. Bradley Cooper s’est investi à 100% dans son personnage, en suivant des cours de guitare et de piano mais aussi en travaillant son chant afin de baisser son timbre de voix. Lors des scènes de concerts, Cooper a décidé de filmer toutes les séquences sur scène en adoptant le point de vue des interprètes et éviter les plans larges depuis la foule, privilégiant ainsi les échanges entre artistes. Résultat : le spectateur parvient à se rendre compte de l’expérience grisante d’un artiste sur scène.  Les immersions visuelles et sonores sont totales !

Pour son premier grand rôle au cinéma, Lady Gaga fait forte impression. Le réalisateur choisit de filmer la star sans les artifices qu’on lui connait dévoilant ainsi une figure sensible et honnête mais tout aussi fragile. L’alchimie entre les deux acteurs est là et fonctionne tout au long du récit. Le film n’échappe cependant pas à quelques clichés propres au genre mais rien n’est pompeux ni lourdingue, tout s’inscrit dans une continuité dramatique logique et légitime.

A Star Is Born tient ses promesses, on y découvre une Lady Gaga touchante et irrésistible. Bradley Cooper s’est montré à la hauteur en tant que réalisateur et acteur en livrant un mélo-drame authentique aux émotions et aux sentiments universels.

L’avis (grincheux) d’Alcide :

Troisième remake d’un film pas follement original à la base : une vieille star sombre dans l’alcool tandis que sa jeune protégée grimpe au firmament, A star is born version 2018 de Bradley Cooper tente de mettre un coup de polish sur un vieux mythe hollywoodien. Manque de bol, il reste de la poussière. Ainsi, s’il peut facilement prétendre au prix du meilleur mixage sonore ou de la meilleure musique originale – le choix de la musique intradiégétique est bon et les scènes de concerts sont tops – j’ai beaucoup plus de mal avec son scénario étalant les poncifs du genre qui même en 1937 devait avoir un air de déjà-vu. Au demeurant, Lady Gaga y est excellente, Bradley Cooper en mâle-viril-torturé-mais-gentlemen demeure à peu près crédible y compris quand il en fait des caisses, une bonne surprise aussi : en tant que réalisateur il s’en sort admirablement même si on a le temps de voir des gimmicks s’installer et se répéter (un truc avec les lens flares ou les reflets).

A star is born me fait furieusement penser à la pop mielleuse que chante nos personnages, ils sont impliqués, c’est bien fait, 25 producteurs très doués ont tout calibré pour que ça sonne bien, mais comme tous les tubes, ça demeure désespérément creux. Pas épouvanté donc, mais atterré par cette grosse machine hollywoodienne qui ne cache jamais son manque total d’ambition, d’autant plus quand on sait qu’il est favori aux oscars. C’est loin d’être mauvais, c’est juste très lisse et incroyablement convenu, ne vous attendez pas à être surpris un seul instant durant les longues 2h30 de cette romance s’échinant à adapter un reportage Paris Match dans l’esthétique d’une pub Marlboro.