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Le Grill a aimé

Big Eyes

Après Big Fish et Big Lebowski, le dernier épisode de la trilogie

 

 

Big Eyes c’est l’histoire vraie de Margaret Keane, jeune femme au foyer qui s’émancipe des conventions sociales en quittant son mari pour essayer de vivre de sa peinture, des toiles qui semblent issues d’un conte pour enfants avec toutefois un côté sombre presque triste, avant de tomber entre les griffes d’un arnaqueur fin commerçant qui va s’approprier pendant plus de dix ans la paternité de ses œuvres en leur faisant connaitre un succès public, à défaut de critique, international avant qu’elle ne trouve la force de faire éclater la vérité au grand jour.

Big Eyes c’est aussi l’histoire vraie de Tim Burton, jeune prodige du cinéma qui s’émancipe du style de son époque pour imposer son univers à part, entre le conte pour enfants et le côté sombre des vieux films d’horreur des années 40 voire d’avant, avant de tomber dans le piège de la routine et de frôler l’autoparodie pendant plus de 10 ans (depuis Sleepy Hollow en 1999 diront les plus catégoriques d’entre nous, et ils n’auront pas vraiment tort) ce qui lui valut toutefois un immense succès critique (tel que Alice 3D, son plus mauvais film et aussi le plus rentable, de loin). Avant de trouver la force avec ce Big Eyes de rappeler qu’en gardant son style, il est capable de faire autre chose que du dégueuli numérique destiné à finir en AMV de power/glam métal sur YouTube.

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L’affiche est pas mal, reste cependant l’impression que les époux Keane travaillent de concert et bizarrement on met plus l’accent sur le tableau alors que Keane est moins connu en europe qu’outre-atlantique…

Oui j’ai aimé Big Eyes. On ne peut pas vraiment dire que ce soit un nouveau départ ou même un changement complet de ton mais il y a comme un dépoussiérage accompagné d’un certain retour aux sources.

Dépoussiérage tout d’abord car Burton élimine l’équipe habituelle, Big Eyes est ainsi un des rares films à ne compter NI Johnny Depp, NI Helena Bonham Carter ; son divorce avec cette dernière me fais d’ailleurs me demander s’il n’aurait pas influencé son approche de la tension progressive qui habite le couple Keane tellement elle sonne juste par moments. Ensuite adieu l’univers de synthèse qui recouvrait ses derniers films comme un cache-misère au manque d’idée, ici les décors sont naturels (où le semblent) et les effets réduits. Un rehaussement des couleurs chaudes pour les scènes à Hawaï, une dominante de bleu ou d’orange pour l’atelier de peinture, en somme rien qui n’attaque la rétine outre mesure. Les décors s’attachent à ressusciter l’esthétique des années 50 et 60, s’il glisse parfois une référence par-ci par-là au pop art (la rangée de Campbell’s Soup dans une scène de super marché par exemple) ou se permet des petits délires pour souligner la tension que cette imposture fait peser sur son héroïne, le film reste bien plus sage que la représentation qui en a été faite dans Edward aux mains d’argent ou Mars Attack. Est-ce véritablement un point fort ? Dans la mesure où il s’agit ici d’un biopic j’aurais tendance à dire oui, comme si le style Burton s’inclinait par respect devant les Big Eyes dont le réalisateur est depuis longue date lui-même un fan.

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L’affiche américaine, là c’est mieux ! (si on oublie le lifting photoshop qui rend Waltz méconnaissable)

En effet cette histoire est celle de Margaret dont le talent se fait peu à peu phagocyter par son mari Walter Keane, pervers narcissique qui révèle peu à peu sa nature mauvaise. Un personnage à plusieurs facettes subissant une évolution complexe tout au long du film : Christopher Waltz, excellent choix, excellente performance. C’en est presque décevant de voir le premier de la classe nous sortir encore une fois une prestation parfaite.

Face à elle Amy Adams, d’habitude un remarquable second rôle elle tient ici un personnage particulièrement intéressant. Femme rêvant de liberté dans une époque pas vraiment faite pour le beau sexe, elle est à la fois soumise à son mari et aux mœurs de son temps. Sa première tentative d’évasion (son divorce d’un mari dont on ne saura rien, probablement pour mettre en avant le rôle de Walter, bonne idée film !) ne la conduira qu’à un nouvel enfermement. Timide, rêveuse, ayant moins d’éloquence que les hommes qui l’entourent tout en restant un caractère atypique ; on serait tenté d’établir un parallèle avec Ed Wood, réputé le plus mauvais réalisateur qui soit qui à l’inverse de Margaret est persuadé de son génie inexistant alors qu’elle est au contraire piégée dans sa certitude de ne pas pouvoir s’imposer dans le monde des arts. À noter qu’on retrouve au scénario le même duo que derrière Ed Wood.

 

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Malgré le fait que Miss Keane souffre pas mal du machisme de son époque, elle garde la possibilité de dormir devant un tableau géant de jeunes enfants sans que les flics débarquent

Toutefois on ne peut passer sous silence l’écrasante présence de Terrence Stamp dans le rôle d’un impitoyable critique d’art ayant une aversion toute particulière pour les Big Eyes, jugé trop commerciaux et superficiels. Envoyant valser d’un regard le, jusque-là, tout puissant Walter Keane dans une scène jubilatoire.

Alors que retenir de Big Eyes ? Petit budget maitrisé, quelques plans de caméra pas mal du tout, un casting qui fait mouche. Si le scénario ne transcende pas le genre du Biopic et que certains lui reprochent d’avoir traité trop superficiellement le processus de création artistique qui animait Margaret, on est quand même devant un excellent film où l’esthétique Burton que l’on commençait à ranger du côté des distrayantes curiosités prouve qu’elle peut s’adapter avec beaucoup de finesse à une histoire intéressante !

 

Ah oui, et ce changement à dérouté les critiques et le public, donc il est noté assez moyennement et est le plus petit score de Tim au box-office face par exemple à Cendrillon… Bon sur ce je vous laisse pour aller brûler un coven de fangirl Disney.

Big Eyes

  • Est
  • N'est pas
  • Un casting réussi pour tous ses rôles
  • Un film de Burton avec Johnny Depp ou Helena Bonham Carter, c’était pas arrivé depuis Mars Attack en 1996 ! À titre de comparaison la dernière éclipse de soleil c’était en 1999
  • Une vraie bonne surprise, bien plus sympa que le sujet ne le laissait paraître
  • Un film de Burton dont l’intérêt n’est qu’esthétique
  • Une histoire intéressante, à la fois sur le monde de l’art et la place de la femme à l’époque
  • Un film très ambitieux, il restera parmi les Burton « mineur »
  • Une belle reconstitution des 50’s et 60’s
  • Une réussite critique et commerciale…
Bonne nouvelle, Tim Burton est vivant ! / 20