Loading...
Festival de Cannes

Festival de Cannes du grill : Jour 2

Poète chilien, Combat social, Pêcheurs nordiste et tragédie italienne

Ce matin mon programme rodé guida mes pas vers « Neruda » à la quinzaine des réalisateurs. Pour ses retrouvailles avec le scénariste d’El club, le réalisateur chilien Pablo Larrain signe peut être là son chef d’oeuvre. Il attaque ce biopic par l’angle du meilleur ennemi, le chef des services secrets du président totalitaire que le poète veut faire tomber. Dense, poétique, prenant comme un polar et enchaînant les dialogues percutants, le duel tragi-comique entre ces deux hommes est l’occasion d’offrir une mise en abyme passionnante sur la puissance de la création artistique. L’acteur Luis Gnecco habite littéralement le rôle-titre tandis que Gael García Bernal compose un personnage aussi cocasse qu’un méchant de bande dessinée. Il est mon premier coup de cœur du festival et les quinze minutes d’ovation me font dire que je ne suis pas le seul à le penser.

Neruda larrain m331732

Ensuite direction le palais, où l’évènement, en compétition officielle, était la sortie de la retraite de Ken Loach avec « Moi, Daniel Blake ». Drame véhiculant une critique virulente de l’administration et du marché du travail anglais : un homme cardiaque qui se bat pour toucher l’assurance-maladie sympathise avec une mère célibataire au chômage. Même s’il est traversé par de grands moments d’ironie et de bravoure appréciables, le film m’a énormément déçu. La faute à la volonté du réalisateur anglais et de son scénariste Paul Laverty de tomber dans le misérabilisme larmoyant et d’offrir une trajectoire clichée à ces deux personnages principaux. Reste le jeu exceptionnel de son duo, Dave Johns (sosie vocal du chanteur Phil Collins) et Hayley Squires, candidats sérieux pour un prix d’interprétation.

 

Daniel 5594771

En sortant de la salle, je réussis à obtenir une invitation pour la séance de 14 heures de « Ma Loute » du français Bruno Dumont. Cet OFNI  burlesque où un pêcheur de moule tombe amoureux de la fille d’un grand bourgeois sur fond d’enquête policière m’a laissé une impression sympathique. Son aspect brouillon, ses personnages hauts en couleur, ses dialogues quasi inaudibles en rebuteraient plus d’un mais le réalisateur des côtes d’opale nous offre une œuvre d’une originalité incroyable. Rien que pour un Fabrice Luchini, superbe, à contre-emploi, sa liberté de ton surprenante et une direction artistique sublime, je ne peux que vous conseiller d’aller voir le film qui est en train de diviser la Croisette. Pour ce qui est de la Palme d’or, je ne me mouille pas trop pour l’instant mais il a de fortes chances de figurer dans le palmarès.

Ma loute une affiche completement zinzin pour le nouveau bruno dumont 51734

Je termine ma journée en rattrapant dans un petit cinéma cannois le film d’ouverture de la quinzaine des réalisateurs: « Fais de beaux rêves » de l’italien Marco Bellocchio. On navigue entre les souvenirs clés de la première partie de vie d’un grand journaliste, traumatisé enfant par la mort de sa mère dont il n’a pas réussi à faire le deuil. Adaptation libre du roman autobiographique de Massimo Gramellini, le réalisateur traite ce sujet sous l’angle de la hantise. Simple, poignant et parsemé de moments de vie qui sonnent juste, cette belle œuvre m’a ému aux larmes.

205718

Je rentre à mon camp de base avec 4 nouveaux films au compteur dont les plus belles pépites se trouvaient du côté de la quinzaine des réalisateurs.