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Festival de Cannes

Festival de Cannes: Jour 4

Je suis allé à ma première projection du matin en traînant un peu les pieds car il s’agissait du nouveau film d’un réalisateur que je n’apprécie guère : Noah Baumbach. Très clairement, je m’attendais à détester « The Meyerowitz stories », à la place, il m’a réconcilié avec le cinéma du réalisateur américain. Attention, je ne dis pas que c’est un grand film qui restera dans les annales du cinéma mais cette histoire de réunion de famille pour la rétrospective artistique du patriarche de la famille est vraiment drôle. Ses personnages décalés et son sens du détail comique sont autant de qualités qui bonifient un scénario très bien construit. Côté mise en scène, rien de visuellement transcendant mais il arrive à tirer le meilleur d’un casting cinq étoiles composé d’Adam Sandler, Dustin Hoffman, Emma Thomson, Ben Stiller, Elizabeth Marvel et Grace van Patten. Il y a de fortes chances qu’ils n’obtiennent aucun prix mais ça fait du bien de rire à gorge déployée devant un film en compétition officielle.

Puis, j’enchaîne avec le deuxième film en compétition de la journée avec la projection attendue du « Redoutable » de Michel Hazanavicius. Il retrace à travers la relation entre Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky, la manière dont l’icône de la nouvelle vague est passée du statut de pilier d’un des mouvements les plus célèbres du cinéma mondial à celui d’artiste aussi hors normes qu’incompris. Copieusement défoncé par la presse française, permettez-moi de dire que le film est très réussi. Pourtant, il ne faut pas s’attendre à un biopic mais bien à une comédie meta. Ici, le réalisateur de A bout de souffle nous est présenté comme un personnage antipathique et dont son changement de cap personnel et artistique le met progressivement en marge, une sorte d’OSS zozotant que Louis Garrel incarne à la perfection. Donc certes, certaines péripéties rappellent fortement la saga avec Dujardin mais en brisant souvent le quatrième mur, Hazanavicius nous fait partager de manière tendre et amusante son amour pour le 7ème art. C’est ce qui en fait sa plus-value et qui rend le redoutable aussi léger que plaisant.

Ensuite, je me suis retrouvé devant l’un des films les plus barrés que j’ai pu voir sur la croisette. Adapté d’une bande dessinée, « How To Talk To Girls at parties » raconte l’histoire d’un jeune anglais qui va s’enticher d’une jeune alien au beau milieu de la mouvance punk du début des années 80. Il n’en fallait pas plus à John Cameron Mitchell pour s’accorder toutes les fantaisies aussi bien visuelles, avec des costumes totalement cheap, que narratives. Ça ressemble à un trip sous LSD auquel on aurait ajouté une bonne dose de bons sentiments et le scénario ne casse pas quatre pattes à un canard mais le nouveau long métrage du réalisateur de Shortbus souffle un vent d’air frais auquel personne ne restera insensible. Et ce n’est pas une Nicole Kidman totalement investie dans le rôle de la reine excentrique d’une communauté punk qui viendra nous prouver le contraire.

Après avoir bien ri, il me manquait juste une bonne claque émotionnelle pour conclure ma journée de la plus belle des manières. Je l’ai trouvé, du côté de la quinzaine des réalisateurs avec « The Rider » . Le deuxième long métrage de Chloé Zaho nous plonge encore une fois dans l’Amérique profonde avec l’histoire d’un jeune dompteur de cheval passionné qui peine à remonter en selle après un grave accident. Grâce à son approche docu-fiction, la jeune réalisatrice américano-chinoise arrive à nous immerger dans ce monde fait de cowboys désabusés et de paysages somptueux. Dans ce cadre impossible de ne pas être bouleversé par cette quête utopique d’un jeune homme voulant assouvir sa passion. Surtout que la jeune cinéaste sublime l’ensemble avec une mise en scène à la fois naturaliste et onirique. Une claque.