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Festival de Cannes

Festival de Cannes : Jours 1 et 2

J’ai commencé mon festival de Cannes, hier après-midi, à 150 kilomètres de la croisette en allant voir le film d’ouverture : “les Fantômes d’Ismaël”. Si “Trois souvenirs de ma jeunesse” était une magnifique porte d’entrée dans le cinéma d’Arnaud Desplechin, je conseillerai son dernier long métrage aux aficionados du réalisateur français. Pour faire simple, on voit deux récits s’enchevêtrer dans une même œuvre. D’un côté, on trouve l’histoire centrale, celle d’Ismaël Vuillard, cinéaste fantasque et heureux en amour dans les bras de Sylvia, s’apprêtant à tourner son prochain long métrage quand son ex-compagne, Carlotta, resurgit dans sa vie après avoir disparu pendant près de 20 ans. De l’autre, celle du film fantasmé de Vuillard où l’on suit les péripéties d’un espion nommé Paul Dedalus. Si pendant la première heure l’ensemble fonctionne à merveille, le reste apparaît comme extrêmement poussif et confus. Les vingt minutes retirées à la demande du distributeur français du long métrage, ne doivent pas être totalement étrangères au problème. Reste que l’on se trouve devant une intéressante introspection du cinéma de Desplechin remplie de belles envolées lyriques et visuelles portées par des acteurs d’exception. Je m’attendais à son film le plus mature et abouti de sa carrière, à la place, je me suis retrouvé devant l’œuvre la plus personnelle de sa filmographie.

Jeudi, je suis arrivé très tard sur la croisette et je n’ai eu le temps de voir qu’un seul film. L’heureux élu se nomme “Blade of the immortal”. Je ne vais pas vous mentir, j’ai été échaudé par les derniers films de Takashi Miike mais Alcide m’a convaincu qu’il fallait absolument que je le vois. Grand bien lui en a pris car je me suis retrouvé devant un sympathique film de sabre. Par contre si vous recherchez un scénario de qualité passez votre chemin, il est bourré de maladresses d’écriture. Adapté d’un manga japonais, on sent la volonté du scénariste du film, Tetusuya Oishi , de vouloir condenser plusieurs volumes en deux heures trente. Certes, ce n’est pas un défaut, loin de là, mais le long métrage se retrouve affligé de sous-intrigues mal développées qui rendent l’ensemble un poil confus. Dommage car cette histoire de samouraï immortel aidant  une jeune fille à se venger de la mort de son père est vraiment plaisante à suivre. On le doit au talent de metteur en scène du réalisateur japonais qui nous offre des plans d’une beauté renversante ainsi que des combats très bien chorégraphiés et découpés. Si vous voulez passer un bon moment de détente, je vous le recommande.

Aujourd’hui, mon programme fut composé de trois films de la compétition. Je commence par celui qui a ouvert ma journée “Okja” de Bong Joon-Ho. On y suit la lutte d’une jeune Coréenne prénommée Mija pour sauver son cochon géant des griffes d’une grande firme internationale. Si à première vue, on pense se trouver devant un divertissement inoffensif, on se rend très vite compte qu’il cache une satire hautement critique sur notre société de consommation. Que cette thématique soit traitée dans un film assez grand public m’enchante, d’autant que l’ami Bong Joon-Ho, comme à son habitude, mélange habilement les genres et les tons arrivant à nous faire passer du rire au malaise avec une facilité déconcertante. Pour autant, je ne peux pas dire que ce soit un grand film car si sa réalisation et l’interprétation de la majorité du casting sont de grande qualité, il n’est pas exempt de quelques défauts handicapants. Des personnages secondaires insipides, des effets numériques aléatoirement convaincants et Jake Gyllenhaal cabotinant dans un rôle d’animateur télé excité qui ferait passer Cyril Hanouna pour Bernard Pivot sont à déplorer. Mais n’en déplaise à ses détracteurs, Netflix tient bien un beau moment de cinéma dans son catalogue.

Ensuite, je me suis retrouvé devant une curiosité hongroise appelée Jupiter’s Moon. Bon, je ne vais pas vous mentir, j’attendais énormément de ce drame fantastique où l’on voit un jeune migrant développer des dons exceptionnels après avoir été grièvement blessé par balles mais ça ne m’a pas empêché de prendre une sévère claque. C’est dû en quasi-totalité à la mise en scène de Kornel Mundruczo qui à grands coups de plans de séquences vertigineux nous immerge dans l’univers de son film. Après, je ne peux pas dire que l’histoire soit vraiment originale mais ça tient sacrement bien la route. Pour autant, la presse française semble tirer à boulets rouges sur lui. Si je reconnais que certaines thématiques annexes sont maladroitement introduites en cours de film, je trouve qu’il ne mérite absolument pas toutes ces critiques négatives qui sont faites à son sujet. Pour tout vous dire, je pense qu’il aura un prix, au moins celui de la mise en scène et qui sait peut-être une palme d’or.

Généralement, terminer sa journée avec un film de Todd Haynes s’est toujours avéré être un immense plaisir cinéphile mais cette fois-ci, je ne peux pas affirmer la même chose. S’il est visuellement somptueux et qu’il rend hommage à 50 ans de l’histoire du cinéma mondial en empruntant aussi bien les codes de l’expressionnisme allemand que ceux de Blaxploitation, le scénario m’a un poil déçu. D’un côté, je ne peux pas dire que cette histoire de deux enfants sourds vivant à deux époques différentes mais qui se retrouveront connectés par le même mystère n’est pas pétrie de bonnes idées.Rien que le fait que le duo Haynes/ Selznick permette un traitement à hauteur d’enfant se révèle être un parti pris extrêmement intéressant. D’un autre côté, j’ai malgré tout du mal à m’enthousiasmer pour un récit simpliste qui tient sur une demi-page word et qui oublie d’approfondir toutes les thématiques qu’il distille au compte-goutte. Certes, il s’agit d’un beau conte destiné majoritairement à un jeune public mais il aurait été de bon augure de ne pas oublier les adultes qui ont perdu une bonne partie de leur âme d’enfant car niveau postérité, on frôle l’amputation au fusil à pompe.