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Festival de Cannes

Le Poirier Sauvage

Mehhhhhh !!!!!

Commençons par les bases, je ne suis pas un grand fan du cinéma de Nuri Bilge Ceylan. Si je comprends pourquoi ses fans le considèrent comme l’un des plus grands cinéastes européens en activité, j’ai énormément de mal à adhérer à son style lent, âpre, littéraire, bavard et contemplatif. Pourtant, par curiosité ou masochisme, c’est selon, j’ai décidé de ne pas faire l’impasse sur son dernier film lors du dernier festival de Cannes. Grand mal m’en a pris, « Le Poirier Sauvage » fut l’une des expériences cinématographiques les plus délicates que j’ai vécue cette année dans une salle de cinéma mais croyez-moi, je regrette ce constat.

Je préfère largement les affiches internationales et turques du film. La première représente tout l’aspect pictural de la mise en scène de Ceylan et la seconde nous introduit à la quête existentielle du personnage principal.

Objectivement, il me paraît impossible de nier que « Le poirier sauvage » est une œuvre extrêmement ambitieuse. Trois heures de fresques dostoïevskiennes où l’on suit un jeune étudiant, Sinan, revenir dans son Anatolie natale pour trouver de l’argent afin de réaliser son rêve : devenir écrivain. Partant de ce postulat, Sinan, va voguer de rencontres en rencontres. Chacune d’entre elles va être un prétexte pour évoquer sa condition et indirectement, celle de son pays en abordant des sujets comme l’argent, la religion, la place de l’artiste dans sa société, le poids des traditions ou celle de la  filiation. Ce qui me gêne, ce n’est pas la structure répétitive en elle-même mais le fait que Ceylan essaie de traiter chacune de ses thématiques au travers de discussions interminables. Chacun des échanges entre les personnages m’a fait penser à un fragment de thèse. Ainsi, le côté romanesque de l’histoire s’écrase face à la dialectique du propos et c’est ce que je regrette.

Personnellement, j’aurais aimé que ce roman d’apprentissage filmique soit moins démonstratif. Ici, tout est fait pour accentuer le propos, y compris la mise en scène. Si, plastiquement, les métaphores visuelles que nous offre Ceylan sont magnifiques, replacées dans le contexte du film, elles ne font qu’alourdir la lente désillusion que va subir Sinan. Que ce soit un ultime baiser sous un arbre au feuillage jaunissant pour signifier les regrets d’un amour perdu ou bien voir le personnage principal escalader une réplique du cheval de Troie pour démontrer que son ambition risque de le détruire de l’intérieur; le constat est pour moi sans appel, je trouve que ce n’est pas très fin.

Il y a aussi un jeu avec les saisons : l’histoire commence en été pour se finir en hiver.

Reste à évoquer les personnages et il y a beaucoup à dire. Si une bonne partie des seconds couteaux ne servent qu’à véhiculer les thématiques du film, les deux protagonistes sont incroyablement bien écrits. Sorte de réminiscence antipathique de Julien Sorel, le personnage de Sinan fascine dans son désir vital à vouloir absolument se construire en opposition à son père terrien, charmeur, aimant mais aussi joueur et menteur. L’affrontement entre ces deux caractères est indéniablement ce qui m’a le plus touché dans le film. Probablement le fait que je sois, au moment où j’écris ces lignes, dans une situation à peu près similaire à celle Sinan a dû jouer mais il difficile de nier que l’universalité du propos que développe Ceylan, au travers de la relation entre ses deux personnages, risque de bouleverser plus d’un spectateur.

Aydin Doğu Demirkol et Murat Cemcir sont tous deux parfaits dans les rôles du fils et du père.

Pour cette raison, je ne peux pas vous dissuader de vous lancer à corps perdu dans ce conte moral de plus de trois heures. En espérant que vous arriverez à outrepasser certains partis pris artistiques redondants afin que le message du film puisse vous toucher en plein cœur.

Le Poirier Sauvage

Points forts Points faibles
Long, il dure trois heures huit minutes. Fin dans le développement de ses thématiques, on est proche de la thèse démonstrative.
Plastiquement irréprochable, la photographie est à tomber par terre. Qu’un récit d’apprentissage sur un garçon qui cherche à se démarquer de son père, le film dresse aussi un constat sur la Turquie actuelle.
Un film très bavard, les dialogues sont souvent interminables Sans une grosse poignée de personnages secondaires sous exploités et c’est bien dommage.
À voir, rien que pour l’opposition incroyablement juste entre Sinan et son père Un mauvais film loin de là, je pense que je suis passé à côté.
Allez-vous faire votre propre avis / 20