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Le Grill a aimé avec réserves

L’odyssée

Glou glou

 

Dans une vision réductrice ou populiste de la production franco-française, l’homme de la rue, le plébéien moyen, a tendance à ne distinguer que deux tendances : la comédie lourdingue et le drame pas moribond… Dur de le mettre en défaut ce con là.

Je vous laisse deviner où caser l’odyssée qui s’ouvre sur la mort du fils Cousteau (Pierre Niney) pour se finir sur une série de monologues écolo consensuel sonnant comme une rédemption bradée.

l'odyssée cinematogrill cinema

Alors oui le film ne s’appelle pas “Commandant Cousteau, sa vie, son histoire” mais de là à quasiment en faire un personnage secondaire…

C’est dommage ! C’est affreux de taper si loin de l’ambition de faire découvrir Cousteau à une nouvelle génération ! Oui, on n’abandonne pas une carrière militaire pour parcourir le monde pendant trente ans sans se compromettre, mais est-il nécessaire au spectateur moyen plébéien lambda de la rue de sortir de la salle en sachant que Cousteau s’engueulait avec sa femme et a abandonné ses fils sans que soit évoqué le fait qu’il ait gagné une palme d’or, un oscar du meilleur film documentaire, qu’il ait tout simplement inventé la plongée sous-marine et de-facto les merveilles qu’elle a engendrées ?

l'odyssée cinematogrill ninier

Je suis persuadé que Desplat avait les dents de la mer en tête à ce moment. Du dum Du dum Dududududu dum

Le schéma du biopic “classique” est connu, gloire puis décadence, mais ici on a plutôt une demi-heure que je ne renie pas où l’on sent l’idée de l’odyssée – ou de la Calypso si on est tatillon – naître et quand tout est là pour enfin nous embarquer : ellipse, engueulades familiales, ellipse, tout le monde chiale, ellipse, Jean-Michel Monologue sur la banquise avec de la finesse au kilo, générique. La gloire est arrachée dans la douleur, éphémère, destructrice, quand la décadence sonne au contraire comme une cruelle injustice ; le xanax est à côté du popcorn si vous le cherchez.

Et pourtant…. Lambert Wilson est royal pour interpréter le passage du Jacques-Yves avec sa famille sur la Côte d’Azur au commandant Cousteau, seuls les raccourcis pour mettre la focale sur des moments jugés clefs de sa vie provoquent un détachement du personnage dont l’évolution paraît soudainement artificielle, plus le focus du récit. Un choix pour laisser sa place à Pierre Niney.

Odyssee SD30- Scenes: 133, 132

Odyssée est un mot grec dont la traduction est, au cas ou vous l’ignoreriez “deux mecs qui parlent autour d’un café”

De tous les angles d’attaque pour un biopic sur Cousteau, l’œdipe du fils est celui que j’aurais mis avant l’aventure et l’exploration. Le résultat pourrait être le pendant clown triste de La vie aquatique par Wes Anderson tellement ses ressorts paraissent convenus.

En attendant, est-ce que l’on peut dire plus de mal d’une telle déclaration d’amour à la plongée ? Non. On est devant le plus beau film français de 2016 sans hésiter ; 30 millions de dollars aussi, cinq fois le budget moyen mais une beauté plastique évidente. Le film dispense de sublimes séquences, certaines non incluses dans la bande-annonce, ajoutant la plus-value de l’œil du cinéaste sur le documentaire animalier. Le réalisme en prend un coup mais le plaisir des mirettes est là ; dommage qu’elles soient si peu nombreuses, qu’il faille gratter le drame familial tire larme pour pouvoir enfin s’évader cinq minutes dans le monde du silence. Je reproche ce que j’ai reproché aux Largo Winch, Jérôme Salle dégraisse le récit de tout son humour et de sa chaleur pour en sortir une histoire prenante sur papier glacé. Un choix laissé à l’appréciation de chacun.

l'odyssée cinematogrill audrey tautou

Audrey Tautou fait partie des têtes d’affiche même si son personnage aurait mérité une plus grande attention pour la femme de Cousteau au rôle peu médiatisé mais crucial.

Certaines scènes fonctionnent, beaucoup même, et la musique de Desplat n’est pas étrangère au charme de ce codage, mais le drame tire larme opposant grossièrement la vieille génération pas vraiment écolo à la nouvelle baba cool n’est clairement pas à la hauteur des ambitions, malgré un magnifique écrin, de ce que pouvait receler l’odyssée.

 

Odyssee SD015- Scenes: 134A

L’odyssée à le mérite de donner envie de revoir les films de Cousteau même s’il souligne le ringard de certains de ses propos. Un amour vache pour son sujet comme celui de ses personnages entre eux.

L’odyssée

  • Est
  • N'est pas
  • Un drame familial revenant sur l’opposition de Jacques Yves Cousteau et de son fils plus qu’un biopic sur le commandant uniquement
  • Fin dans son message, éminemment défendable mais nanardement défendu
  • Doté d’une photographie magnifique s’exprimant au mieux sous les mers
  • Doté d’une photographie magnifique ne s’exprimant pas au mieux dans de longues séquences autour d’un café
  • Parcouru d’un sacré casting, renforcé par une bande originale de qualité
  • Un film pour les amoureux fous d’images sous-marines, magnifiques mais rares
  • Dans une volonté de ne pas faire doublon avec les films de Cousteau lui-même, du coup on s'attache à en montrer la facette « sombre »
  • Vraiment un film pour faire connaitre Cousteau à une nouvelle génération, la reconstitution d’époque version drame s’adresse plutôt à un public adulte de gens tristes et désabusés que le malheur des autres rassure (en gros)
La mer amère / 20