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Et la tête du monsieur elle fait SPLASH ! (les films d'Horreur)Festival de CannesLes déceptions du grill

Un couteau dans le coeur

Vanessa Parocky Horror Picture Show

Voici l’exemple type du film que j’aurais aimé aimer : érudit et grivois, référencé mais pleins de trouvailles esthétiques, expérimental tout en restant ancré dans la réalité… Et pourtant une tonne d’éléments, bien que moins présents que dans Les rencontres d’après minuit (ou alors c’est que le thriller façon giallo ça me parle plus), m’ont foutrement gêné. Le choix de cette diction trop théâtrale pour commencer, à la limite du faux-jeu, pour une intrigue portée par une Vanessa Paradis au capital sympathie certain mais qui semble ne jamais démordre d’un archétype de femme-enfant boudeuse quand il aurait fallu jouer la colère, les larmes ou le remords. Le reste du casting, très « queer-moustache » donne trop dans le second degré que pour être pris au sérieux quand le film tente de passer de l’humour à l’angoisse, il a un côté artificiel qui colle à chacun des personnages.

Un truc que je trouve dingue dans le cinéma, c’est qu’encore aujourd’hui il est largement plus simple de montrer un crâne éclaté que de filmer un pénis (ce pourquoi Un couteau dans le cœur est interdit au moins de 12 ans alors qu’A genoux les gars a – temporairement – écopé d’une interdiction au moins de 16 ans). Sinon oui, il y a des messieurs tout nus.

Ensuite l’intrigue, qui semble s’essouffler complètement dans les trois minutes qui suivent l’introduction (qui elle, est pas mal du tout avec un lien génial fait entre les “coupes” au cinéma et ailleurs). Là n’est pas l’essentiel me direz-vous, le récit tournant autour de meurtres sur le tournage d’un porno gay pas la peine d’attendre un parangon de cohérence ? J’aurais aimé que tel en soit le cas mais pourtant son développement est la seule chose qui justifie un aller-retour bucolique et mollasson dans le troisième quart du film ou un final qui se voudrait émouvant à propos d’un personnage que l’on a malheureusement beaucoup de mal à percevoir comme tragique. J’ai pensé un moment que le film se voulait une métaphore de l’arrivée du sida mais en fait que-dalle, Un couteau dans le cœur demande à la fois d’accepter toutes ses bizarreries baroques en disant « c’est artistique » ou « cherche pas, c’est magique » mais il tient quand même à expliquer son intrigue à grand renfort de flash-back et de voix off.

Reste aussi la mise en abyme, Vanessa semblant osciller entre réalité et fantasme morbide, mais tout semble du même bloc : ça ne marche pas bien de mettre en parallèle la réalité et la fiction si elles sont toutes les deux présentées façon similaire (d’autant plus que pour le glissement réalité fiction, on a eu Ghostland qui a envoyé du très lourd en début d’année) ! Pareil pour la scène de grand guignol, déjà que les attaques d’ours ça fonctionne pas chez Inarritu, alors chez Gonzalez… Alors forcément, la réflexion sur le ciné que Gonzalez tente de drésser en arrière plan s’en trouve légèrement désamorcée.

Ma première réaction en sortant de la salle a été de me dire que je venais de voir la parodie érotique de la cité de la peur…

Et pourtant, il y a quelques semaines à peine, je retournais voir en courant Les garçons sauvages de Bertrand Mandico qui est assez proche dans ses ambitions (d’ailleurs les deux réals sont potes, Mandico joue le rôle du cameraman dans Un couteau dans le cœur), alors pourquoi aduler l’un et être à moitié atterré par l’autre ? Probablement parce que Les garçons sauvage est un récit d’apprentissage et de découverte de soi, où les personnages évoluent dans un monde pour le coup complètement fantasmé. Tourné en studio avec une grande maitrise et l’impression que chaque élément, même les plus improbables, sert son histoire et/ou son thème là où Un couteau dans le cœur semble souvent n’obéir qu’à un but esthétisant, avec des personnages bien lisses, carrément caricaturaux pour certains. Et les références ! Mandico pille, triture et recrache là où Gonzales semble citer, copier, osant à peine parodier (c’est aussi un reproche que j’ai pour Climax).

J’aurais aimé aimer Un couteau dans le cœur, mais là où il se voudrait comme une vieille copie crépitante 35mm  de Phantom of Paradise projetée par erreur dans le dernier des derniers des cinémas pornos de pigalle, j’ai eu l’impression de me retrouver devant un polar déprimant France télévision tourné, on ne sait pas trop pourquoi, dans une esthétique de soft-porn homo exubérante. Le besoin de cohérence interne, voilà probablement ce que je n’arrive pas à dépasser pour apprécier le cinéma très personnel de Yann Gonzalez, même si j’apprécie toujours autant sa volonté de foutre un coup de pied dans la fourmilière, c’est juste que ce coup ci il semble avoir oublié de viser.

Un couteau dans le coeur

Points forts Points faibles
atypique, mais surtout sur sa forme bien joué, les émotions ne passent pas
remplis de trouvailles visuelles assez démentes bien écrit, le rythme pâtit de la manière dont le récit se déroule
référencé et amoureux de Cinéma assez éloigné de ses références, ça fait un peu succession de trucs vus ailleurs
bizarrement prude dans ce qui est montré pour autant mauvais, il a indéniablement un certain cachet
ça aurait été pas mal d'avoir moins de couteau et plus de cœur / 20