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Les déceptions du grill

Nocturama

Nuit dégoût

 

Après Saint Laurent et l’Apollonide, Bonello quitte sa maitrise de l’Eros pour se crasher en beauté contre Thanatos avec Nocturama.

Pour faire simple et avec un minimum de spoil : une dizaine de jeunes (à part Vincent Rottiers) de tous les milieux décident de commettre une série d’attentats à la bombe sur Paris avant de se réunir dans un grand magasin pour la nuit, histoire de se faire discret.

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Cette scène n’est pas dans le film, il manque la plupart des protagonistes et le “nocturne” ne correspond qu’à 50% du film. En plus j’ai l’impression que ça a été pris sur les quais de Seine et qu’on a tenté de faire passer ça pour le toit d’un immeuble. 

Bon, la réalité ayant malheureusement dépassé la fiction depuis la première mouture du scénario en 2011, je vais croire sur parole Bonello quand il dit n’avoir pas pris en compte ces événements par rapport à sa vision initiale du film. De toute façon, qu’il y ait des pieux rotatifs enflammés ou non en dessous de ce sujet aux allures de corde raide ne change pas vraiment le résultat final.

Par où on commence… Sur papier ça partait bien, à l’époque le projet s’appelait « Paris et une fête », devait durer moins de 90 minutes et s’inspirer de Glamorama le roman culte de Bret Easton Ellis (American Psycho, Moins que Zero) qui suit la descente aux enfers entre psychoses, drogues et paranoïas d’un jeune adulte dans le milieu de la mode et de la jet-set pour une critique acerbe et jouissive d’une société de consommation en pleine décadence. Au final on se retrouve avec un Nocturama de 2h10, boursouflé comme ces poissons exotiques qui se gonflent en espérant passer pour ce qu’ils ne sont pas.

La première heure concerne la préparation des attentats. On suit sans musique, sans parole et rapidement sans entrain, le ballet étrange de ces jeunes gens apparaissant les uns après les autres pour nous laisser deviner par leurs regards, attitudes, les affinités qui les lient. Relations plus tard approfondies par des flashbacks bien que les raisons qui les enchainent à ce projet resteront à la discrétion de l’imagination du spectateur. Autant ce montage alterné façon film de casse à la narration faite d’ellipse est intéressant, autant sa durée le pénalise. Plutôt que d’aller directement au cœur de son sujet, la nuit blanche dans le magasin, Bonello prend une heure à nous montrer des actes dont on discerne mal la logique (pourquoi prendre une chiotte en photo ? pourquoi louer une chambre d’hôtel ?). Il a avoué vouloir rendre le film symétrique, première moitié avant l’impact et seconde moitié après, auquel on peut éventuellement ajouter un détournement des codes d’un genre hollywoodien mineur (au fait, oui j’ai vu une avant-première en présence du Réal donc c’est une info de première main ; on ne déconne pas au grill, enfin pas tout le temps).

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Je peux comprendre la démarche visant à coller à la réalité en mettant des moments de creux, mais se taper du métro pour aller voir un film visant à nous faire ressentir l’intensité d’un trajet en métro, c’est assez rasoir. 

Trop long. C’est le constat qui s’impose. D’autant plus dommageable que le suspense est limité pour peu que l’on ait lu le synopsis du film avant et que ce temps ne permet même pas de présenter correctement tous les personnages, la plupart n’étant réellement développé que par la suite. Enfin le climax de cette ouverture a l’allure du film dans le film – que je pressens absente du premier jet de 90 minutes – est une scène d’explosion qui surestime beaucoup ses effets spéciaux. Pour le coup un hors champs aurait été plus apte à faire le café que la synthèse qui nous est servie, sentant bon le projet de fin d’année d’une classe de collégien avec option informatique. En plus il le plan revient trois fois…
Bref, jusque-là cette intro hypertrophiée essaye des trucs, en réussit certain mais en rate d’autres. Vient alors le cœur du sujet comme est parti le communisme de Bosnie, sans finesse aucune.

Notre club des castors juniors anarchistes se rejoignent donc dans un grand magasin, permettant quelques séquences de rêve de gosse à la Zombie de Roméro (L’armée des morts de Snyder pour le remake, Dead Rising pour la vraie fausse adaptation en jeux vidéo qui dit pas son nom pour ne pas banquer ses royalties à Tonton George) voire Shining pour un tour en kart. C’est tout, et ce n’est pas la fin facile qui va transcender ces deux longues heures mal remplies. Je vais m’arrêter là pour le scénar. Je réserve quelques incohérences à l’encart spoil en fin d’article. Pas toutes, histoire de pas y passer la nuit.

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Avant pour faire entendre ses idées de révolte on prenait la bastille, après on a écrit des manifestes, maintenant on chill sur un canapé…

Je suis partagé, d’un point de vue formel Nocturama est plutôt bon, son ambiance malsaine retient l’attention, ses acteurs pour la plupart amateurs/non professionnels sont excellents, certaines scènes sont mémorables et à part quelques fautes de goût (les explosions citées plus haut), il y a des plans-séquences qui flattent la rétine.

Sur le fond par contre, j’hésite entre le pétard mouillé ou la bombe puante. Juste idiot ou carrément putride ?

Pour (mal) commencer, le scénario est un immense gruyère mal colmaté pour aller d’une scène forte A à une scène forte B par une demi-heure chiante. Nocturama est très ancré dans la réalité grâce à toutes les marques et produits présents (Chanel, Nike, HSBC, etc.), le film cite Manuel Valls, les arrêts de métro sont respectés, même les explosifs utilisés font écho à un fait divers véridique mais à côté on introduit des éléments complètement fantasques, des comportements incohérents qui touchent au symbole. Par exemple le centre commercial (reconstitué dans les locaux désaffectés de La Samaritaine) et en quelque sorte le représentant de la société de consommation dans son ensemble, pourtant on s’arrête là, il ne sert pas le propos de la première partie.

Nos héros auraient pu tout simplement s’introduire dans le bâtiment par effraction après un canular téléphonique que ça n’aurait quasiment rien changé à leurs comportements à l’intérieur vu que leurs actes ne les perturbent pas spécialement. Le regret c’est pour les faibles et on se porte comme un charme après un quadruple homicide. Cette morale, ou plutôt cette amoralité putride de nos héros voulant tout faire sauter au nom d’un anticapitalisme de gauche caviar jamais nommé, ne voulant pas savoir s’ils ont fait des victimes ou non et surtout ne revendiquant rien, lâche faisant bien attention d’éviter au maximum les conséquences autant qu’un quelconque questionnement moral (enfin pour 9/10éme du casting) m’a profondément déplu. À la fois parce que c’est naïf, mais c’est surtout trop facile. Un exemple ? Au détour d’une scène, l’un des protagonistes, le cliché de l’élève de grande école malingre, écrit son « testament », il y demande exactement la même chose que le méchant de Johnny English (incarné par John Malkovich), je ne pense pas à un emprunt conscient mais c’est dire à quel point le film se prend au sérieux en mettant sur la pellicule une pensée politique nébuleuse tout juste digne d’un borborygme de pilier de bar.

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Se planquer dans le magasin pour échapper à la police et passer la nuit à assouvir ses fantasmes de consumérisme est parfaitement compatible. Sauf si on y réfléchit cinq minutes.

Le pire c’est que ça n’a rien d’original, le roman la nuit des enfants rois, l’anime Terror in résonance, les films 8 th Wonderland, voire même fight club (il est là aussi question de faire sauter une banque et d’anarchie) traite ses sujets, chacun à leur manière, en étant plus aboutis que ce Nocturama, pas avare en scène vide de sens.
Est-ce un film politique malgré l’absence de message clair ? Ici encore Bonello esquive la question, préfère nier à demi-mot… Le problème était qu’il présente aussi l’incinération de la statue d’une pucelle dans le but quasi exclusif d’emmerder un certain parti politique, qu’il oralise une certaine forme de fatalisme “ça devait arriver” pour caractériser les attentats du film et que les dernières scènes, notamment les dernières paroles, ont vocation à universaliser un propos d’une génération que Bonello croit avoir compris et qui l’a poussé à s’en faire le porte-parole dans un monologue nombriliste de deux heures. Merci, non-merci.

Éléments d’autant plus dommageables que si le modèle est bel et bien Bret Easton Ellis, il commet une faute que l’auteur n’a jamais faites, celle de provoquer une fausse empathie ou rédemption pour ses héros dès lors qu’ils orchestrent leur propre chute, sur ce point Ellis s’est toujours défendu d’une morale absente ici.
Nocturama est une déception. Parlant d’un sujet trop gros pour lui autour d’un scénario s’écroulant sous sa propre absurdité pour au final finir avec un message qui laisse penser que tout aurait été évité par une paire de baffes bien placée sur ces adolescents mollassons qui trouvent que l’anarchie c’est plus cool avec un hashtag devant.

Au mieux c’est trop long et très con, au pire c’est trop long et englué dans une morale Parisgocentrique qui se veut choquante en alignant des banalités piquées à des œuvres s’en étant mieux servies. Dommage que ça soit intéressant niveau caméra, je n’aurais eu aucun regret sinon.

SPOIL Pour les incohérences du scénario SPOIL

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Il y a aussi cette idée bizarre de faire découvrir à chacun son “double” en mannequin, une façon de dire qu’ils sont des éléments de la société de consommation je suppose. Enfin comme beaucoup de choses, c’est là mais ce n’est pas comme si ça servait au film.

En admettant que le début ait du sens, pourquoi se planquer dans un grand magasin et pas quitter la ville ? “Parce que ça m’arrange” avoue Bonnelo… de même pour le personnage du vigile incarné par Rabah Naït Oufella (une nouvelle tête du cinéma de genre français, aussi présent dans Grave) qui tue sans vergognes ses collègues, un acte incompréhensible sauf si on sort du film et qu’on imagine Bonello coller ensemble les scènes éparses qu’il voyait dans sa tête, il fallait faire disparaitre les gardiens, quitte à faire prendre à un personnage une décision absurde ne collant pas avec ce que l’on voit du reste de son comportement. Une suite de décisions absurdes pour tenir un pitch pourtant pas compliqué… La plus grosse tare sans hésiter, participant à l’hypocrisie de son absence de message et à son rythme négocié à la hache.

Nocturama

Est N'est pas
sur un sujet casse-gueule ce qui ne le rend pas pour autant pertinent, juste malsain un film politique, d'après Bonello du moins
complètement incohérent, les éléments-clefs de son intrigue sont occultés ou absurdes bien rythmé, l'idée fixe de diviser le film en deux parties égales plombe la première moitié qui s'étale au maximum
hypnotique, comme un épisode des Teletubbies, il se passe des choses que tu tentes de relier entre elles et il y a peut-être un message mais tu n'enes pas certain sans laisser la question de savoir si c'était vain ou hypocrite
très bien joué, surtout quand on sait que la plupart sont non professionnels la pépite de la rentrée, plutôt le tâcheron que l'on sort en cette période pour vite l'occulter
Daube / 20