• Par: Jordan Peele
  • Année: 2017
  • Durée: 104 min
  • Origine: Japan, USA
  • 7.7
Et la tête du monsieur elle fait SPLASH ! (les films d'Horreur)
Le Grill a aimé avec réserves

Get Out

Peur du noir

 

Ça commence comme un sketch de stand up : Tu as dit à tes parents que j’étais noir ? Demande notre héros à sa copine blanche avant d’aller passer le week-end dans le manoir de la belle famille, loin de tout. Ce n’est pas étonnant que le réalisateur Jordan Peele qui signe son premier film, soit à la base un comique américain. La première partie de Get Out, traditionnellement destinée à faire monter la sauce vers l’horreur de la seconde moitié comme dans tous les film du genre, se distingue agréablement de ces consorts en tirant, comme prévu, vers la satire sociale. Non pas avec des blancs conservateurs regrettant le Mississippi des années barbecue sauvage sapé comme casper le gentil fantôme mais au contraire en créant un dérangeant malaise avec son casting qui aurait pu être pioché parmi les mannequins seniors d’une pub pour une colle à dentier. Un troisième âge non pas agressivement raciste mais trop gentils que pour être honnête avec tout un tas de réflexions malaisantes qui en tentant de se montrer progressiste voire antiraciste, les montre complètement forcée et à côté de la plaque.

De l’aveu même du réalisateur, l’idée du gendre noir dans la famille blanche lui a été inspiré d’un sketch d’Eddie Murphy… Faut pas s’étonner que l’angoisse galère à arriver après.

Cette partie chérissez là car c’est ici tout le sel du film qui se plante dans les grandes largeurs quand au bout d’une bonne heure, il se rappelle qu’il est annoncé comme un film d’horreur. Sans trop choisir entre la satire sociale qu’il justifie par un scénario pour le coup mauvais, et l’horreur à travers de surprenantes séquences d’hypnose esthétiquement superbes mais très mal amenées quand elles réapparaissent (on est au niveau d’Insaisissable 2 je dirais niveau absence de crédibilité) sans parler du “paiement”, de la conclusion à la séquestration à peu près aussi bien foutu que Jabba le Hutt dans un costume en latex rose…

J’aime l’idée, très Carpenter tout comme les American Nightmares avant lui dans l’écurie du producteur de films horrifiques grand public Jason Blum (blumhouse), de glisser une critique hypertrophiée d’un tort de la société américaine dans ses films (le racisme ordinaire ici, la liberté de porter une arme dans American Nightmare). Toutefois l’idée seule ne suffit pas, dans Get Out elle ne sert pas le scénario mais c’est au contraire le scénario de film d’horreur alternant clichés éhontés à facilités minables (cette boîte de photos compromettantes apparaissant comme un éléphant dans une crèche, j’ai mal à mon script) qui se greffe comme il peut pour conclure par un peu de gore la succession de séquences “choc des cultures” dont on ne sait si elle voulait être parodique ou dérangeante. Les rares frissons s’écrasent sur le rempart de crétinerie que les trente dernières minutes érigent.

Une des règles du cinéma d’horreur et des films de Jean-Pierre Jeunet : grand angle de près = malaise.

En somme Get Out a plus joué de son concept dans sa promo que sur la pellicule, si l’on retient quelques scènes oniriques où la réal s’éclate un peu et une utilisation des objectifs grand angle de près pas novatrice mais efficace pour souligner l’inquiétant étrangeté de ses personnages, le film donne l’impression d’avoir été largement surcoté. S’il se révèle être un mauvais film d’horreur, je le remercie toutefois de ne pas céder à l’hystérie façon Conjuring 2 et d’offrir tout de même de vraies idées en osant chercher à mètre mal à l’aise par l’antiracisme (ou racisme tout court, la frontière se floute ici), même si elles ne mènent malheureusement à rien, ou alors à une déception qui envoie la cohérence du propos jouer à colin-maillard sur une voie ferrée.

Je ne suis pas intimement convaincu que la tasse de thé avec cuillère aille rejoindre la tronçonneuse de Leatherface, le gant de Freddy ou le masque d’Hannibal dans les objets cultes du cinéma horrifique…

 

 

3 mai 2017
Alcide