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Mostra de Venise 2018

Le Grill à Venise : dernier jour

Dernier jour à la Mostra de Venise, il me reste 4 films dans mon programme en plus des deux que j’ai vus hier soir. Les objectifs de la mission sont clairs: essayer de voir les trois derniers films de la compétition et dénicher une ou deux pépites au passage.

Capri révolution de Mario Martone (compétition)

« Capri révolution » plante son décor dans les années 1935 et nous narre l’histoire d’une jeune bergère qui va avoir des envies de liberté après qu’une bande de jeunes marginaux nudistes investissent un petit coin de l’île. Le film est plutôt bon mais je dois dire qu’après plus d’une trentaine de films visionnés en 8 jours et un horaire de séance nocturne, la fatigue se fait sentir car je n’accroche pas au film. Je suis resté totalement extérieur à cette histoire qui n’est pourtant pas trop mal écrite, bien interprétée et avec quelques moments de grâce au niveau de sa mise en scène. Le problème est que j’ai eu l’impression de voir cette histoire d’émancipation féminine une bonne vingtaine de fois et que je n’ai pas été surpris par le scénario mais le film reste intéressant.

The Nightingale de Jennifer Kent (compétition)

« The Nightingale » est le deuxième long métrage de Jennifer Kent, après le film d’horreur « Mister Babadook ». Cette fois-ci, elle a décidé de revisiter le « rape and revenge » au travers de l’odyssée vengeresse d’une jeune australienne afin de tuer les assassins de son mari et de son enfant avec l’aide d’un guide indigène. Soyons clairs, The Nightingale ne révolutionnera pas le genre, bien au contraire. Les codes du Revenge movie sont respectés à la lettre et les personnages sont un poil trop manichéens pour amener une approche nouvelle au genre. Pour autant, je dois avouer que l’exercice de style est plutôt brillant et bien plus profond que ce qu’il y parait. Son portrait assez sombre de l’Australie des années 1800 donne un fond assez inattendu au film et cela n’a laissé personne indifférent. Pour preuve, la projection presse a été assez houleuse et des insultes ont été proférées de manière gratuite envers la réalisatrice. Je l’espère au palmarès demain soir.

M de Anna Eriksson (semaine de la critique)

« M » est le premier long-métrage de la pop star islandaise Anna Eriksson et dire que l’on s’aventure dans de l’expérimental pur et dur est un euphémisme. Si sa volonté d’explorer la frontière ténue entre le désir et la mort au travers de la figure de Marilyn Monroe est tout fait louable, je ne suis pas très emballé par le film. Souvent, « M » est sacrement abscons et verse dans le symbolisme trash gratuit. Inutile de vous dire que regarder une hystérectomie en gros plan à dix heures du matin est loin d’être la chose la plus agréable au monde. Pour le reste, la photographie est plutôt soignée et l’ambiance mystérieuse qui se dégage du film m’a tenu éveillé durant tout la séance. Après, il est de délicat de vous le recommander mais s’il sort un jour en France et que l’expérience ne vous rebute pas, je ne vous déconseille pas de tenter votre chance.

Dachra d’Abdelhamid Bouchnak (semaine de la critique)

Je ne peux pas être totalement objectif sur « Dachra ». Il s’agit du premier film d’horreur issu d’un des pays du Maghreb et entièrement financé par des fonds tunisiens, en l’occurrence, ceux de son propre réalisateur, Abdelhamid Bouchnak qui a hypothéqué certains de ces biens pour pouvoir mener ce projet à bien sans attendre le feu vert d’une quelconque commission d’aide (ce qui aurait pris plusieurs années selon les dires du jeune cinéaste). Ainsi, « Dachra » essuie les plâtres et si on peut lui reconnaître le mérite d’exister, il est loin d’être exempt de gros défauts. Je trouve que cette histoire d’apprentis journalistes partis enquêter dans un mystérieux village tunisien sur un meurtre non résolu est trop prévisible et référencée. Pour autant, je pense que le film reste à voir notamment grâce à la bonne mise en scène d’Abdelhamid Bouchnak qui arrive à composer certains plans de qualité.

Shadow de Zhang Yimou (hors compétition)

« Shadow » est le nouveau film de sabre de Zhang Yimou. Pour simplifier, il raconte l’histoire d’un général d’armée ambitieux qui cherche à prendre la place du roi tandis qu’un guerrier talentueux arrive à la cour. Je ne suis pas sorti emballé du film. La mise en scène du cinéaste chinois est visuellement magnifique mais je trouve que le scénario se noie dans une flopée de sous intrigues et de personnages pas forcément nécessaires au bon déroulement du récit. Je me suis retrouvé plusieurs fois confus en me demandant quel personnage on était en train de suivre. Pour autant, le film est mieux foutu que « La Grande Muraille » et devrait séduire quelques amateurs du genre.

Un peuple et son roi de Pierre Schoeler (Hors-compétition)

Je ne vais pas y aller par 4 chemins, « Un peuple et son roi » n’est pas un bon film : deux heures de reconstitution prises dans le formol et incarnées par des comédiens souvent peu inspirés. Je pense que le problème vient du fait que Pierre Schoeler s’attache trop à vouloir recréer les scènes clés de la révolution française et qu’il oublie de développer ses personnages. C’est dommage car on voit par moments que le cinéaste s’est sacrement documenté sur son sujet et que la direction artistique est de grande qualité. De plus, Denis Lavant compose un Marat plus vrai que nature.

Killing de Shinya Tsukamoto (compétition)

« Killing » est le nouveau long métrage du cinéaste japonais de « Tetsuo ». Considéré comme le David Lynch et Chronenberg japonais, il a décidé de s’attaquer au film de sabre. Le moins que je puisse dire, c’est que le résultat est assez déstabilisant. Personnellement, et en ayant vu peu de films du réalisateur, j’ai pris « Killing » comme une odyssée morbide et anti-spectaculaire de 80 minutes où le spectateur accompagne un apprenti samouraï jusqu’à son premier meurtre. La mise en scène des combats n’a rien d’esthétique vu qu’ils sont filmés caméra à l’épaule et les personnages sont tous atteints d’une névrose ou d’une perversion à plus ou moins de degrés. Pourtant, l’expérience a merveilleusement fonctionné sur moi, même si je reconnais que le film a divisé la Lagune. Il va faire la tournée des festivals de films fantastiques français en septembre (L’étrange festival, Strasbourg) et je vous recommande d’aller vous faire votre propre avis.

Mon périple à la Mostra de Venise s’achève sur un film Japonais bizarre. Je pense que je ne pouvais pas rêver meilleure fin possible. On se retrouve bientôt sur Cinématogrill pour un bilan du festival et de nouveaux articles. Merci de m’avoir suivi durant toute la durée du festival. Poutou.

8 septembre 2018
Willard