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Les déceptions du grill

Suicide Squad

Sur tous les films vus
Sur tous les écran blanc
4K, numérique, Imax ou pellicule

Déception
J’écris ton nom

En psychologie, le renforcement est un procédé augmentant la probabilité de répétition d’un comportement ; par exemple si une souris obtient de la nourriture en appuyant sur un bouton elle aura tendance à appuyer en permanence sur le bouton, a contrario si elle reçoit une décharge elle n’appuiera pas sur le bouton. Simple.

Cette balance plaisir-récompense, ça fonctionne sur les souris, les chiens, les pigeons et David Ayer.

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The adventure of Will Smith and friends Ft. Margot Robbie

Tout ce qui a marché à Hollywood ces dernières années/mois se retrouve dans ce film, Ayer ayant martelé son bouton à chaque seconde de Suicide Squad. A peu près aussi pertinent que de remplir une grille de loto avec les chiffres tombés la veille. Tout est déjà vu, inintéressant, mal amené ou bancal, ce qui est douloureux tellement le capital sympathie pour le projet était initialement élevé.

L’humour, excessivement insistant ou lourdingue, le rythme artificiellement relevé par des scènes aux allures de clip sur une compil tout juste digne de ta petite sœur (Seven Nation Army, Bohemian Rapsody, du Skrillex, du Eminem, rien qui n’ai pas passé six mois dans le top 50), une succession de gimmicks piqués à d’autres films (des textes de présentation des personnages au méchant qui butte ses sbires en passant par les faux clifhanger aussi surprenants que le résultat d’un test de dopage d’un athlète russe, rien de nouveau) dans un vomi de numérique où l’antagoniste aux allures de reine du congo bongo les attends dans un vortex after effect ; on rajoute des zombies puis Batman pour pas oublier qu’on essaye de te fourguer la ligue des justiciers dans le prochain exercice fiscal de Warner et bam t’as deux heures de moments gênants entrecoupés de scènes vues ailleurs en moins bien…. Tout n’est pas raté, tout est plutôt bien emballé d’ailleurs grâce à une direction artistique sauvable, mais on a plus l’impression d’être devant une bouillie de clichés prémâchés vus vingt fois que devant le film impertinent que l’on nous vend depuis un an. Suicide Squad à fait fort en ce qu’il est l’exact opposé de ses intentions de bases.

 

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Les années 2000 ont appelé, elles veulent qu’on leur rende leur vortex.

A la rigueur, le scénario est secondaire, gentils-taper-méchant ça peut être sympa selon comment c’est tourné mais en l’occurrence ça tourne aigre. C’est impressionnant à quel point les bonnes idées lui explosent dans les mains immédiatement. Par exemple Enchantress (sorceress en VF ou VO, je sais plus) avec son superpouvoir d’être possédée par un démon au look vraiment horrifique se nécrose pour devenir le prétexte d’un scénario pouvant servir de mètre étalon à l’échelle de l’incohérence tout en perdant son aspect atypique pour un costume beaucoup plus générique/oubliable. Le tout bénéficiant d’une fin dont la description nécessite un mot anglais : Cringe. Gênant, stupidement, pathétiquement gênant. Le genre de passage où tu as l’impression que le réalisateur est fier d’avoir trouvé l’eau chaude en nous sortant le b.a.-ba de la mise en scène de blockbuster.

Bref la réal fait oui oui de la tête sans agiter une idée nouvelle et l’écriture fait penser à une mauvaise fanfiction…. Reste le coeur du film, ses personnages, le squad en lui-même !

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Même si non exempte de cliché, voici le seul et unique personnage intéressant du film. 

Etait-il possible de rater Suicide Squad ? Si la réponse nous paraît aujourd’hui évidente, j’ai plutôt envie de répondre non.

A la base, Suicide Squad est un concept datant de 1959 – en fait ça n’a jamais été une équipe unique – ce sont différents bad guys de l’univers DC que le gouvernement envoi en mission suicide contre une remise de peine et/ou l’absence de décapitation par bombe sous-cutanée (voilà d’où vient le titre, ce n’est donc pas un film roumain pro-euthanasie, dès fois que). Du coup on se retrouve avec une bande de gros bras à l’espérance de vie réduite obligé de tenter de fonctionner ensemble, n’hésitant pas à se trahir mutuellement en cherchant la moindre chance de s’échapper. Une manière de finir les méchants oubliables de l’univers DC et de s’éclater un peu car ça change des gentils héros.

Vous avez ingéré ça ? Cool, faites une croix dessus car le film est plus proche d’un mauvais épisode de Captain Planet. Matez plutôt le dessin animé Assault on Arkham si vous voulez une idée de l’ambiance du comic.

SUICIDE SQUAD

Cette scène m’a amusé dans la bande-annonce et mordu le fauteuil devant moi au ciné, comme quoi le contexte change tout. Sinon Die Antwoord a appelé, ils demandent leur style.

Ayer choisit parmi toutes les recrues du Suicide Squad (avec un mort toutes les vingt pages, il y avait de quoi faire) une équipe avec en guest star Margot Robbie dans le rôle d’Harley Queen, la copine du joker apparue dans la série animée Batman de 1999, et Will Smith pour incarner Deadshot (qui est blanc dans le comics, c’est dire à quel point à part Harley le reste des personnages sont interchangeables). Les sept autres on aimerait s’y intéresser mais le film les écarte. Quelques flashbacks montés autour d’une punchline pour les plus chanceux ou une poignée de secondes à l’écran destinées au reste. Katana s’appelle Katana car elle est japonaise (parait qu’ils ont joué ça à pile ou face, l’autre option c’était shuriken), Captain boomerang est australien, du coup il se descend des bières à longueur de temps en se retenant de citer crocodile Dundee. Il y a aussi El Diablo ou comment prendre dix minutes pour sortir une origine story moins punchy que celle du comics pourtant réglée en quatre cases… Cliché Squad, ce qui fait mal quand le point fort des films d’Ayer était jusqu’à présent de justement rendre crédible les relations entre des individus opposés forcés à travailler ensemble. La bonne surprise Fury étant ainsi dans son écriture de ses relations humaines à l’opposé du Suicide Squad où l’on se retrouve sans trop savoir comment et surtout pourquoi avec les personnages du bus magique parlant amitié et famille. On n’a pas des anti-héros, on a des héros tout court aux actions de bisounours en manque d’affection, rendant parfaitement gênantes toutes les trop nombreuses scènes où Harley Queen oralise « on est des méchants ». A peu près aussi crédible qu’une hypothétique carrière de rappeur gangsta de Casimir.

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Une plongée dans l’esprit d’Harley Queen papier (Mad Love), même là-dessus Ayer se plante pourtant il avait gagné ma sympathie en faisant apparaître le costume d’arlequin.

Alors oui il y a Will Smith, excellent d’ailleurs. Le “mais”, vraiment nombreux dans cet article, c’est qu’il est plongé dans un maëlstrom de fausse badasserie explosant la crédibilité que son jeu apporte à son personnage devant l’étalage d’absurdités qu’on lui demande de faire. Contraint d’aller et venir on ne sait pourquoi dans une ville remplie de zombis respirant le degré zero de la série B. J’ai parlé uniquement de Will Smith car un peu développé mais le même accueil plombe tous les personnages.

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Hors contexte cette image s’insère dans à peu près 90 films sorti depuis 2010, Suicide Squad c’est limite le Transformers de DC, une pin up et des flingues à la place des robots-voitures.

Bref, le cœur du film, une équipe d’antihéros prête à imploser en massacrant au passage les clichés des films Marvdel/DC, est remplacé par une bouillie de bons sentiments malvenus. De ce point de vue, des Gardiens de la galaxie pour l’équipe atypique à Deadpool pour l’irrévérence, la concurrence est rude, pour peu qu’on considère Suicide Squad comme un concurrent ce qui n’est pas gagné.

Ainsi la série B la plus attendue de l’été se foire sur tout ce qui aurait dû constituer ses forces, reste que le fan de comics ne pourra pas simplement passer à côté tellement il paraît dur de croire que toutes les promesses de Suicide Squad soient balayés par une régurgitation de tout ce que l’industrie a fait de moins bons. Le film m’a rappelé RIPD ou Die Hard 4, des films d’actions quelconque à oublier dès le générique, pas nul de bout en bout mais mal exécutés, de la série B sans éclat à la grosse déception.

 

Jared Leto : le Joker Pimp

Je l’avais dit il y a un an, Suicide Squad n’est pas un film sur le joker qui n’est que le partenaire d’Harley Queen, du coup son temps à l’écran frôle les 5 minutes. Pour autant là encore un véritable effort a été fait sur le personnage, voulant le rendre réaliste en lui faisant un caractère et un look proche d’un psychopathe chef de Cartel. Il y a quelque chose de Gary Oldman proxénète dans True Romance ou des gangsters de The Crow, différent de la version comics mais malheureusement filmé pour de nombreux plan avec la même approche que Nolan avait pour Heath Ledger, même steady cam tournant autour de lui en légere plongée dans des parodies de films de casse. Du coup c’est un peu énervant de voir une véritable composition originale subir une réalisation impersonnelle, à l’image du reste du film en somme… Reste aussi son approche de la relation amour-haine avec Harley largement moins sado-maso que dans le comics ou il la manipule constamment, ici la vision hollywoodienne du couple prévaut, pour le pire.

J’aimerais dire bien sans plus mais je ne suis pas contre voir le personnage réapparaitre… plus longtemps… dans un meilleur film surtout.

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Christopher Nolan a appelé… oh et puis m*rde !

 

 

bingo

18/20, pas mal, pas mal…

Suicide Squad

  • Est
  • N'est pas
  • un condensé aseptisé de tout ce qui est censé plaire au public, à partir du moment où on s'en rend compte le film devient une purge
  • le film vendu par la bande-annonce et de loin
  • ennuyeux car mal rythmé, répétitif et tellement incohérent que l'on se détache rapidement de l'histoire et des personnages
  • dans le ton sérieux de Batman vs Superman mais pas non plus dans l'humour à la Deadpool/Gardien de la Galaxie
  • beau comme un camion
  • une série B sympathique, sauf si c'est vraiment la toute première série B que tu vois, là oui ça fera pas resucée
  • pour l'anecdote la culotte d'Harley Queen est numériquement rallongée pour les versions internationales, en faisant donc la pièce de lingerie la plus chère d'hollywood
  • le film qui sauvera mon été, la cuvée blockbuster 2016 sent méchamment le réchauffé
Déception / 20