• Par: Nadine Labaki
  • Année: 2018
  • Durée: 121 min
  • Origine: Lebanon
  • 7.4
Festival de Cannes
Le Grill a aimé

Capharnaüm

Prix du Jury au Festival de Cannes 2018, Capharnaüm suit le destin de Zein, un petit garçon de 12 ans faisant face au procès qui l’oppose à ses parents, à qui il reproche de l’avoir mis au monde.

Nadine Labaki ressent toujours le besoin à travers ses films de s’interroger sur le système préétabli, son incohérence et même d’imaginer des systèmes alternatifs. Dans Capharnaüm, la réalisatrice libanaise met en scène le chaos qui régit la vie d’une famille nombreuse mais aussi celle de l’ensemble du quartier pauvre de Beyrouth. Elle condamne les conditions plus que précaires dans lesquelles ces centaines familles vivent et évoluent pour s’en sortir.

Si le long métrage est une fiction, tout ce qui est dans le film a été vu et vécu par la réalisatrice. Rien n’y est fantasmé ou imaginé. Tout ce qui est visible est le fruit de ses visites dans des quartiers défavorisés, des centres de détention et des prisons pour mineurs. Nadine Labaki souhaitait se fondre dans la réalité de ces êtres humains vivant dans des conditions désastreuses. Ainsi tous les acteurs de Capharnaüm sont des gens dont la vie réelle ressemble à celle du film. En filmant de manière quasi-documentaire et dans de vrais décors et de vrais gens, l’intervention artistique en a donc été réduite au strict minimum. Cependant, Nadine Labaki prend le soin d’y intégrer quelques scènes “stylisées” et accompagnées d’une bande originale entraînante afin d’éviter de sombrer dans le misérabilisme à outrance. Il en ressort donc une certaine poésie dans ce film de fiction où l’intérêt repose aussi sur le débat qu’il peut soulever sur la protection de l’enfance et du sort des réfugiés.

La performance du petit Zein est incroyable de justesse, son parcours au travers du film est signe de persévérance et d’espoir. La montée en puissance du récit est telle que l’émotion ne peut que nous toucher en plein cœur. Critiqué à tord pour “cinéma indécent” ou “pathos”, Capharnaüm est au contraire une dénonciation du système qui se montre totalement aveugle face au chaos qui règne dans ces pays défavorisés. Je trouve pour ma part que le film ne bascule jamais dans le mélodrame pompeux mais qu’il dépeint plutôt un monde agonisant, à bout de souffle et souffrant malheureusement dans l’indifférence générale.

Capharnaüm est un film abordant un sujet révoltant mais il est parvient sous l’égide de la fiction à transmettre un message d’espoir et rempli d’humanité. Sa récompense Cannoise est amplement méritée.

24 octobre 2018
Callahan