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Le Grill a aimé

Valérian et la Cité des milles planètes

Ça valait le coup ou ça valait rian ?

 

Je ne peux pas dire de mal du réalisateur de Nikita, Léon, Le grand bleu et le Cinquième élément, il ne se passe pas une semaine sans que je pense à une réplique, à un personnage. Clairement le feu sacré s’est éteint il y a vingt ans et rien depuis ne m’avait vraiment enthousiasmé mais je suivais du coin de l’œil les nouveautés sur son projet d’adaptation de Valérian et Laureline. 197 millions, 209 même en dollars, cinq fois plus que Lucy et cinquante fois plus que le budget moyen d’un film en France, pas loin du quart de la totalité des sommes allouées au cinéma dans le pays de Kev Adams l’année dernière. Ok il y avait l’extrême rentabilité de Lucy et de Taken 3 derrière mais il n’en reste pas moins qu’entre se la couler douce dans une île tropicale, serré entre un parasol et le sable blanc ou se décarcasser 7 ans pour poursuivre un rêve de gosse en jouant sa rentabilité à pile ou face avec beaucoup trop de pièces, le père Besson a choisi l’option qui le grandit plutôt que l’ombrelle dans le mojito.


La direction artistique a été confiée à une foultitude d’artistes de par le monde pour avoir le maximum de style et de variété, et ça paye.

Ne vous y trompez pas, ça a l’aspect, la forme, le budget, la technique et même l’odeur d’un blockbuster US mais pourtant ça crie à chaque instant la passion du faiseur qui est aux manettes. Des petits plans laissés là pour capter un sourire en coin ou un regard surpris au fourmillement de scènes avec cinquante créatures différentes à une passion pour mettre de l’humour et de la dérision partout, on est dans du Besson 100% pour le meilleur, souvent, et le pire, parfois. Et ça fait chier de l’admettre.

Valérian est hénaurme, avec son patchwork d’aliens bigarrés qui nous en met pleins les mirettes non-stop. Les 200 espèces promises y sont, les visions dantesques de la SF des années 70-80 aussi, l’on passe de la conquête spatiale sur un siècle à dix minutes sans paroles sur une planète alien à une séquence de réalité virtuelle puis augmentée, non vraiment on est gâté. Niveau intention et univers on envoie star wars ou star trek au placard, alors oui il n’y a rien qui ne sorte de l’espace opéra pur et dur mais vu que la BD a été pillée par Lucas et qu’elle est un pilier du genre, on n’allait pas forcément s’attendre à autre chose.

Détail, la 3D (vu en 3D actif) est sublime. En passant par les techniciens d’Avatar, Besson s’assure un relief saisissant pas mal utilisé dans de sacrées perspectives, des poursuites spatiales, des hologrammes et même quelques fondus enchainés pas mal pensés.

Passé la grosse introduction, arrive la cité aux mille planètes du titre. Ce que Besson a créé est renversant, l’action fourmille de détails, un peu trop d’ailleurs, la superposition de biomes aliens a tendance à faire partir le scénario dans tous les sens, « profite et pose pas de question » « oui monsieur, bien monsieur ». C’est la limite et la force de Valérian, celle dans laquelle vont se jeter tous les adeptes du Besson bashing dans un réflexe moutonnier dès la bande-annonce (confondant ses réalisations et ses productions le plus souvent), oui Rihanna n’est pas l’actrice de l’année et on attend que ça passe lors de sa dernière apparition, certains passages sont gratuit d’un point de vue narratif, mais Rihanna offre un show transformiste délirant et ces séquences additionnelles nous montrent un hurluberlu de plus, un concept, un genre, une ambiance visuelle que la caméra prend cinq minutes pour rajouter une millième cerise sur le gâteau.

Ces bestioles sont, avec le melo, des figures phares de la BD.

Je suis partagé, fallait-il dégraisser le mammouth ? Fallait-il dire, fait gaffe tu ralentis l’intrigue quant au final on se retrouve cinq belles minutes en compagnie d’Alain Chabat dans un Caméo délirant ? D’habitude oui, ce qui n’est pas nécessaire est par définition superflu, mais ici le film est un souk à merveille visuelle, son foisonnement est sa qualité première. Indigeste ? Même pas, les 128 minutes sont rythmées et si Dane DeHaan au charisme d’une pâte à tarte, ça finit même par s’arranger.

J’ai tiqué sur le choix de casting, à moitié raté on va pas se mentir, la carrière de DeHaan et Cara Delevingne était plus prometteuses avant Cure for Life et Suicide Squad (mes deux purgatoires ciné récents) même si on finit par s’y attacher un peu dès lors qu’on oublie que la dernière fois il y avait Bruce Willis et Milla Jovovich. Bonne surprise pour Delevingne d’ailleurs, qui sans ressembler physiquement à la Laureline papier, a au moins le mérite de poser une héroïne bien Badass à la répartie facile. Reste peut-être le côté baba cool de la BD qui tape pas toujours forcément juste, par exemple quand Valérian apprend que la station peut exploser dans la semaine et que l’on est aux portes d’une guerre intergalactique, je ne m’attendais pas à ce que sa seule ambition soit d’aller à la plage. C’est que ça fait longtemps que ce genre de personnage n’est pas apparu, Valérian n’est pas un super-héros en collant mais un bon gars de BD franco-belge aussi vantard que faillible, looser parfois, héros quand il peut et humain avant tout. Bruce Willis avait capté le truc, DeHaan moins. La presse US ne s’est pas trompé, elle rejette la greffe par un accueil froid (et par froid j’entends mortellement glacé comme Napoléon en Russie qui se fait accueillir par une catapulte à Iceberg, ce froid-là). Qu’importe, de ce côté de l’atlantique où la télé réalité est un tremplin à une carrière politique. Valérian, dans sa générosité, son absence de prise de tête et sa maestria visuelle, saura transporter ceux qui y sont réceptifs et offrir un beau moment aux autres.

Le ton pastel coloré lui va bien même si chaque illustration de l’article semble se trouver dans son propre film.

En refusant les codes Hollywoodiens qui veulent que les aventures du héros lui serve aussi de psychanalyse (youhou, gardien de la galaxie 2, Dr Strange et Civil Wars, Lucy aussi), Besson nous offre le blockbuster le plus distrayant de ces dernières années, larguant sa profondeur comme du lest pour aller un peu plus haut dans son univers bien à lui. Un geste de cinéma d’une grandeur folle qui aurait viré à l’égotrip s’il n’était pas aussi sincère dans sa volonté de nous offrir le spectacle le plus réjouissant qui soit.

Pour ça, merci.

(maintenant on croise très fort les doigts pour que ça cartonne sur le marche chinois)

Valérian et la Cité des milles planètes

Est N'est pas
Du Space-opéra ambitieux, démesuré même Joué par deux monstres de charisme, leur alchimie est bancale
Artistiquement superbe, la 3D sert à quelque chose pour une fois Le scénario de l'année, on est bien en dessous du cinquième élément même si la réalisation aligne de sacrées idées
Un récit pas prise de tête du tout, peut être même à l’excès Pour les fans d'Interstellar ou des nouveaux Star Wars qui veulent des personnages torturés et très héroïques
Le meilleur Besson depuis un bail, complètement à part des blockbuster habituel Pour ceux qui veulent du réalisme, le film est un ticket de 2h pour une autre planète avec la profondeur d'une attraction disneyland
Blockbuster atypique cherche public ouvert / 20